Cloches – Saint Maurice (CH-VS) abbaye territoriale de Saint-Maurice d’Agaune

St Maurice abbaye

L’abbaye territoriale de Saint Maurice d’Agaune a été fondée en 515 par le futur roi burgonde Saint Sigismond, à l’emplacement d’un sanctuaire plus ancien érigé par Théodore d’Octodure, premier évêque connu du Valais, et abritant les reliques de Maurice d’Agaune, martyr du IIIe siècle. La cité d’Agaune a d’ailleurs pris son nom et s’appelle aujourd’hui Saint Maurice. L’abbaye est la plus ancienne d’Europe occidentale en activité à avoir été occupée en permanence. Si le premier sanctuaire, dont les fondations ont été mises en valeur, fut érigé dans le sens classique est-ouest, les nombreux éboulements successifs poussèrent finalement les chanoines à le reconstruire au XVIIe siècle dans le sens nord-sud. Cela n’empêcha pas un nouvel éboulement de créer de gros dégâts en 1942, obligeant ainsi la flèche du clocher et une partie de l’église à être reconstruits. L’abbatiale occupe le rang de basilique mineure depuis 1948. L’abbaye ne fut jamais dépendante d’un diocèse et d’un évêque, car elle bénéficia dès sa fondation de l’immédiateté pontificale, c’est-à-dire qu’elle dépend directement du Pape et de lui seul. Aujourd’hui encore, le père abbé de Saint-Maurice exerce sa propre juridiction spirituelle sur sa communauté abbatiale, ainsi que sur les cinq paroisses de son territoire. L’abbaye possède également un collège renommé ayant un statut d’établissement semi-privé.

L’imposant clocher roman avec sa flèche de pierre, typique de la Vallée du Rhône, semble se dresser ici depuis la nuit des temps. Or, quand on y pénètre, on se rend compte que les étages supérieurs et sa flèche mêlent pierre et béton, conséquence du dernier terrible éboulement de 1942. La partie la plus ancienne de la sonnerie ne date que de 1818. Elle est l’œuvre de fondeurs veveysans déjà maintes fois rencontrés en Suisse romande : Pierre Dreffet et son neveu Marc Treboux. Ruetschi d’Aarau y ajouta une cloche plus grande en 1947. La sonnerie à la volée fut complétée en 1998 par un bourdon coulé par Paccard. Cette cloche, modèle réduit à l’échelle 1/2 de la plus grande cloche de volée au monde (un la1 de 32 tonnes), fut coulée dans un chantier naval de Nantes. Fêlé peu après sa mise en service, le bourdon de Saint Maurice fut refait en 2010, toujours par Paccard, mais cette fois dans les ateliers de Sévrier. On trouve également, dans le clocheton au dessus du chœur, une petite cloche Ruetschi de 1988. Elle remplace une cloche fêlée de 1752. Signalons enfin que l’abbaye de Saint Maurice possède le plus grand carillon de Suisse avec 49 cloches. L’instrument est formé des 4 plus grandes cloches à la volée (sol#2-do#3-mi3-fa#3) et de 45 cloches Eijsbouts. Nous sommes donc en présence d’un carillon de quatre octaves basé sur le do#3, entièrement chromatique dès ré#3, avec sol#2 comme dominante inférieure.

-Cloche 1, « Trinitas », note sol#2, poids 4’100kg, refondu en 2010 par Paccard à Sévrier
-Cloche 2, « Thébaine », note do#3, diamètre 145cm, poids 1732 kg, coulée en 1947 par Ruetschi d’Aarau
-Cloche 3, « St Maurice », note mi3, diamètre 115cm, poids 920kg, coulée en 1818 par Pierre Dreffet et Marc Treboux de Vevey
-Cloche 4, « St Sigismond », note fa#3, diamètre 103cm, poids 620kg, coulée en 1818 par Pierre Dreffet et Marc Treboux de Vevey
-Cloche 5, « St Augustin », note sol#3, diamètre 92cm, poids 450kg, coulée en 1818 par Pierre Dreffet et Marc Treboux de Vevey
-Cloche 6, « St Théodule », note la3, diamètre 86cm, poids 350kg, coulée en 1818 par Pierre Dreffet et Marc Treboux de Vevey
-Cloche 7, « Marie-Madeleine », note si3, diamètre 77cm, poids 260kg, coulée en 1818 par Pierre Dreffet et Marc Treboux de Vevey
-Cloche 8, « Candide », note do#4, diamètre 69cm, poids 180kg, coulée en 1818 par Pierre Dreffet et Marc Treboux de Vevey

Analyse des partiels (la3 = 435Hz, déviation en 1/100 de 1/2 ton)

Octave inf Prime Tierce min Quinte Octave sup
Cloche 1 sol#1 +6 sol#2 +31 si2 +20 ré#3 +52 sol#3 +27
Cloche 2 do#2 +25 do#3 +43 mi3 +48 sol#3 +23 do#4 +37
Cloche 3 mi2 +1 mi3 +68 sol3 +24 si3 +31 mi4 +11
Cloche 4 fa#2 -28 fa#3 +48 la3 +16 do#4 +-0 fa#4 +13
Cloche 5 sol#2 -45 sol#3 +60 si3 +3 ré#4 -12 sol#4 -5
Cloche 6  la2 -61 la3 +63 do4 -8 mi4 -29 la4 -18
Cloche 7 si2 -51 si3 +82 ré4 +10 fa#-25.22 si4 -1
Cloche 8 do#3 -104 do#4 +47 mi4 -29 sol#4 -78 do#5 -39

Le bourdon « Trinitas »

« Thébaine », la cloche no2

Les cloches no3 à 8

Dans la flèche : « Marie-Elisabeth » (Si4, diamètre 41cm, poids 42 kg)

Mes plus vifs remerciements, pour cette énième visite de l’abbaye de Saint-Maurice et de son clocher, vont à :
– Mgr Jean Scarcella, Père Abbé, pour son aimable autorisation et son chaleureux accueil
– Matthias Walter, expert campanologue à Berne, pour l’organisation.

Je remercie également pour leur indispensable collaboration :
Antoine, carillonneur à Taninges
Dominique, responsable technique des clochers de Val-de-Travers

Sources :
« Une nouvelle cloche à l’abbaye », article de François Roten, carillonneur et vice-président de la GCCS, paru dans « Echos de Saint-Maurice », 2000, tome 95a, p. 30-34. © Abbaye de Saint-Maurice 2014 (merci à Ralf Pittet)
http://abbaye-stmaurice.ch/page.php?id=fr56
https://fr.wikipedia.org/wiki/Abbaye_territoriale_de_Saint-Maurice_d’Agaune

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