Le mystère des cloches d’Abbeville

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Alors que les amateurs de patrimoine architectural et religieux pleurent toujours la disparition de la magnifique église St Jacques d’Abbeville, est apparu ces derniers jours dans la presse un nouveau scandale: celui de la vente illicite d’une seconde cloche, semble-t-il ignorée des protagonistes de cette triste affaire. Je vous invite à prendre connaissance de cet article publié sur le site internet de la Tribune de l’Art. Le 28 juin, j’interpelais la SFC via ma page Facebook au sujet du mystère de ces cloches. Hervé Gouriou, expert campanaire pour le ministère de la culture et membre de la SFC, auteur du remarquable ouvrage « L’art campanaire en occident » (éd. du Cerf), a eu la bienveillance de se fendre de ces quelques explications via la rubrique commentaires de www.quasimodosonneurdecloches.ch

cloche vendueJ’ai eu à m’occuper de cette difficile affaire, au niveau campanaire. A simple titre d’information, voilà où en est la situation à Abbeville. L’église a été détruite (pour la mairie, elle a simplement été « déconstruite ») et un square sera aménagé à la place. La grosse cloche de l’église Saint Jacques (Jacqueline, 160 cm de diamètre, 2350 kg note Do 3) a été classée MH dernièrement et est actuellement entreposée en sécurité dans une chapelle d’Abbeville. J’ai été l’expertiser dernièrement, et c’est peu dire qu’elle est dans un état déplorable. Une partie de la flèche s’est écroulée dessus (nombreuses rayures dues aux chutes de grosses pierres) et le joug a été passé à la tronçonneuse. Une seconde cloche existait dans le clocher, mais avait mystérieusement disparu lors de la destruction de l’église saint Jacques. Elle a fait une réapparition médiatique la semaine dernière, aux enchères à Drouot (Paris). J’ai fourni les éléments de preuves à la direction du patrimoine afin que cette dernière fasse bloquer la vente (saisie de l’Office central de répression du trafic d’objets d’arts).

La petite cloche de Saint Jacques n’a donc pas été vendue. Une enquête va être diligentée pour savoir par quel tour de passe-passe cette cloche est passée directement du clocher de Saint Jacques à la salle des ventes de Drouot à Paris. Pour la mairie d’Abbeville, cette cloche n’existait tout simplement pas dans le clocher de Saint Jacques. Or, lors de la destruction du clocher, plusieurs témoins oculaires auraient vu tomber un objet ressemblant à une petite cloche qui aurait disparu dans les gravats. C’est peu dire que dans cette affaire, il y a un nombre d’anomalies et de bizarreries plus qu’élevé. La presse locale et diverses associations de protection du patrimoine se sont fait l’ écho de ce nouveau « problème ».

Une réflexion au sujet de « Le mystère des cloches d’Abbeville »

  1. Hervé Gouriou

    Abbeville, suite et (presque) fin.

    Suite à l’intervention des services du patrimoine en fin de semaine dernière, la petite cloche de l’église saint Jacques d’Abbeville a échappé à la vente. Et il y a enfin un début d’explication :
    Avant la destruction de l’église saint Jacques, les services du patrimoine d’Abbeville avaient listé les objets susceptibles d’être retirés des lieux et conservés par la ville, qui en restait donc propriétaire. La liste comprenait tout le mobilier intérieur, les objets liturgiques et l’orgue, ainsi que « la » cloche. Mais « laquelle » ? Compte tenu de l’arrêté de péril imminent pris par la mairie d’Abbeville, personne se s’était risqué à monter au clocher vérifier qu’il n’y avait bien « qu’une seule cloche ». Le dernier inventaire fiable remontait à 1973 (avec publication en 1975) et mentionnait cependant deux cloches…
    Le contrat conclu entre la ville et l’entreprise de démolition stipulait que la ville restait propriétaire des objets listés, mais qu’en revanche, les pierres et « tout ce qui se retrouverait parmi les gravats » (ferrailles, grilles, bois, etc.) devenaient de fait propriété de l’entreprise de démolition, qui pouvait en disposer à sa guise.
    Lorsque la petite cloche est tombée dans les gravats (vue par des témoins oculaires), elle s’est retrouvée « noyée » dans les ruines et a été emportée avec.
    L’entreprise l’a récupérée, puis revendue à un antiquaire. Elle serait ensuite passée par la Belgique, pour finalement être rachetée en toute bonne foi par un particulier qui, souhaitant s’en séparer, l’a mis aux enchères la semaine dernière à Paris. Depuis, la mairie d’Abbeville a réclamé qu’on lui restitue cette cloche.
    Ladite cloche étant antérieure à la Révolution, elle est donc réputée juridiquement inaliénable et devrait faire prochainement l’objet d’une expertise puis d’un classement MH.
    Il n’en demeure pas moins que le traitement de cette affaire continue de poser quelques questions…
    Cela montre une fois de plus l’urgence de mettre en place des « référents campanaires » ou « chargés d’inventaire campanaire » dans chaque région. La SFC va organiser prochainement des sessions de formation sur le sujet.

    Hervé Gouriou
    Docteur en Sciences et Technologies des Arts
    Campanologue
    Expert spécifique pour patrimoine campanaire au Ministère de la Culture

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