Cloches – Lessoc (CH-FR) église Saint-Martin

Sonnerie insolite et historique à six voix avec une cloche du XIVe siècle

La sonnerie de l’église Saint-Martin de Lessoc est composée de six cloches, toutes historiques, dont deux se manient encore à la corde. « Martenetta », la doyenne, fait partie du cercle restreint des cloches antérieures au XVe siècle.

Un parfum authenticité – Je vous emmène aujourd’hui dans la vallée de l’Intyamon, une des régions les plus pittoresques du canton de Fribourg. C’est un parfum d’authenticité qui flotte dans l’air ici : rares sont en effet les industries et les résidences secondaires à s’être implantées dans ce coin de pays. On ne s’en plaindra pas ! Si les églises voisines d’Albeuve et de Neirivue ont dû être reconstruites suite aux terribles incendies de 1876 et de 1904, si les habitants de Grandvillard ont choisi de reconstruire leur ancien sanctuaire du début du XVIIe siècle en 1936, les autres villages de la vallée ont pu (et ont voulu) préserver leurs églises et chapelles ancestrales. L’église Saint-Martin de Lessoc fut consacrée en 1635, quelques années après l’érection de la paroisse. Comme beaucoup de ses contemporains, l’édifice a subi des transformations plus ou moins heureuses au fil des ans. Le plafond de bois s’est vu recouvert de plâtre, les murs ont été crépis, les retables de bois ont été remplacés par du marbre, les vitraux originaux avec leurs carreaux minuscules ont cédé leur place à des œuvres du XIXe siècle. La restauration menée à la fin du XXe siècle a rendu à cette charmante église une bonne partie de son caractère historique.

Une cloche du XIVe siècle – Inconditionnels du diapason, je vous invite à passer votre chemin ! Nous nous trouvons ici en présence d’une sonnerie hétérogène dont la doyenne pourrait bien être une des cloches les plus anciennes du canton de Fribourg ! « Martenetta » semble en effet dater de la seconde moitié du XIVe siècle. Elle devait être jadis accrochée de le clocher d’une chapelle détruite en 1627. Cette petite cloche est actionnée aujourd’hui encore à la corde pour chasser la grêle. Datée de 1746, non signée, la cloche de l’Agonie annonce – manuellement elle aussi – les décès dans la paroisse. Les quatre plus grandes cloches sont motorisées depuis 1959. Leurs jougs de chêne ont pour l’occasion été remplacés par des montures en acier de type « Bochud », très courant dans la région. Les cloches no1 et 3 sont les seules à être signées. Elles portent toutes deux la signature « Treboux fils » (Samuel, ndlr) et la date de 1837. Les cloches no2 et 4 datent de 1640 et ne donnent aucune indication quant à leur fondeur. Désaffecté lors de la motorisation de 1959, le mécanisme du carillon a été remis à neuf en 2008 et inauguré le 15 novembre pour la fête patronale. Félicitations à M. Célestin Fragnière pour cette heureuse initiative ! Signalons encore que l’unique cadran et les tintements sont actionnés par une horloge mécanique Baer de 1959 avec remontage automatique des poids. L’heure est frappée sur la grande cloche avec rappel après 2 minutes et demie. La demi-heure se tinte sur la cloche no4.

-Cloche 1, note mi3 -13/100, diamètre 124cm, poids environ 1200kg, coulée en 1837 par Samuel Treboux de Vevey. DAIGNEZ SEIGNEUR AGREER DES FIDELES DE CETTE PAROISSE LA CLOCHE QUI SERVIRA D’APPEL POUR CELEBRER VOTRE GLOIRE.
-Cloche 2, note sol#3 -2/100, diamètre 96cm, poids environ 600kg, coulée en 1640. IHS MAR AD DIVINAS POPVLVM CONGREGO DEFVNCTOS PLORO TEMPESTATES FVGO TERROR SVM DOEMONIORUM. Traduction : Jésus, Marie. Je rassemble le peuple pour les louanges divines, je pleure les défunts, je fais fuir les tempêtes, je suis la terreur des démons.
-Cloche 3, note la3 +26/100, diamètre 89cm, poids environ 420kg, coulée en 1837 par Samuel Treboux de Vevey.  A LA GLOIRE DE DIEU ET A L’HONNEUR DE LA B.V.M ET DE ST MARTIN PATRON DE LA PAROISSE DE LESSOC.
-Cloche 4, dite « cloche de l’école », note do4 +26/100, diamètre 75cm, poids environ 260kg, coulée en 1640. IHS MRA NVMINIS AD LAVDEM SEMPER PVLSATA SONABO. Traduction : Jésus, Marie. Je sonnerai pour la louange de Dieu à chaque fois que je serai frappée.
-Cloche 5, dite « Martenetta », note si4 +25/100, diamètre 46cm, poids environ 50kg, coulée vraisemblablement durant la seconde moitié du XIVe siècle. SANCTA VIRGO MARIA R ORATE PRO NOBIS AMEN. Traduction : Sainte Vierge Marie priez pour nous Amen.
-Cloche 6, cloche de l’Agonie, note ré5 +11/100, diamètre 35cm, poids environ 25kg, coulée en 1746. CLAMANTIS PRO DEO VOX. Traduction : Voix de celui qui appelle au nom de Dieu.

Analyse musicale

Octave inf Prime Tierce min Quinte Octave sup
mi3 mi2 +1/100 mi3+16/100 sol3 -7/100 si3 +51/100 mi4 -13/100
sol#3 sol#2 -45/100 sol#3 +43/100 si3 -1/100 ré#4 -49/100 sol#4 -2/100
la3 la2 -53/100 la3 +160/100 do4 +42/100 mi4 +13/100 la4 +26/100
do4 do3 +87/100 do4 +45/100 ré#4 +66/100 sol4 +85/100 do5 +26/100
si4 si3 -184/100 si4 -88/100 ré5 -423/100 fa#4 -168/100 si5 +25/100
ré5 ré4 +97/100 ré5 -280/100 fa5 -23/100 la5 -58/100 ré6 +11/100

(diapason : la3 = 435Hz, déviation en 1/100 de 1/2 ton)

Mes plus vifs remerciements à la paroisse de Lessoc, et tout spécialement à M. Célestin Fragnière pour sa gentillesse et sa disponibilité. Merci également à mes camarades Dominique, John et Stefan pour leur aide précieuse.

Sources :
« L’église Saint-Martin de Lessoc de 1627 à nos jours », par Célestin Fragnière, juillet 2009.
« Le patrimoine campanaire fribourgeois », éditions Pro Fribourg, 2012

A consulter :
http://www.haut-intyamon.ch/accueil.html

Cloches – Lutry (VD) temple

La sonnerie historique et insolite d’une pittoresque bourgade viticole vaudoise

Rarement il m’a été donné d’observer sonnerie plus insolite et plus charmante que celle de Lutry ! A commencer par la disposition peu commune des cloches (2 en façade, 2 à l’intérieur). Les deux plus petites cloches donnent la même note au coup. Très particulière est également la sonorité de la grande cloche, dont il manque un important morceau. Si on y ajoute l’âge canonique de ces nobles dames de bronze (XIVe-XVIe siècle), on peut sans hésitation affirmer que nous sommes ici en présence d’une des sonneries les plus rares et les plus précieuses de Suisse romande.

Lutry hébergea dès le XIe siècle et jusqu’à la Réforme, un des plus importants prieurés du canton. Le terrible incendie de 1344 obligea à la construction d’une nouvelle église, non plus de style roman, mais gothique. Cinq chapelles furent ajoutées à sa nef. Quelques traces de l’église romane primitives restent visibles dans l’architecture actuelle, comme la porte sous la galerie des orgues, la voûte du porche d’entrée, les étages inférieurs de la tour carrée et deux colonnes encastrées au nord de l’abside. Le chœur, propriété du cloître, avait pour patron Saint-Martin. La nef, à disposition de la paroisse, était consacrée à Saint-Clément. Suite à la Réforme, l’année 1569 vit les Bernois procéder à la démolition des anciennes chapelles et élever l’actuel clocher. Y fut placé une grosse cloche en complément des petites déjà existantes, dont deux cloches accrochées dans le Clocher des Moines. Ce dernier, situé au sud du sanctuaire, fut démoli en 1820. Les cloches furent alors montées dans le clocher actuel, où – faute de place – elles furent accrochées aux baies orientales. Les façades de l’église, entièrement décrépies au début du XXe siècle, ont bénéficié d’une restauration de 1986 à 1988. Le recrépissage et le rétablissement des décors peints (encadrements et chaînes d’angles) lui ont rendu son apparence du XVIIIe siècle. Dignes d’observation à l’intérieur : les voûtes gothiques et leurs magnifiques peintures du XVIe siècle, œuvres du peintre flamand Umbert Mareschet ; l’orgue Zimmer daté de 1791 restauré en 1975 par la manufacture Fuglister ; le stalles et la chaire. A l’extérieur, on note – au-dessus du portail – une grande fenêtre flanquée de deux petits singes de style Renaissance. Ces animaux ont probablement été taillés par le maître principal de la reconstruction de l’église, Uli II Bodmer, qui faisait partie entre 1556 et 1562 de l’importante corporation bernoise des métiers de la pierre Zum Affen (littéralement au singe). Voilà pourquoi au XVIe siècle, le singe est devenu l’animal emblème de la ville.

La grande cloche est datée de 1552. Elle est l’œuvre conjointe du fribourgeois Jakob Burdi et d’Amey Thiot d’Evian. On raconte qu’un sonneur un peu trop vigoureux l’a fait voler trop haut le soir de la St Sylvestre 1865, faisant éclater un morceau de la pince. Cela explique sa sonorité si particulière. La pièce de bronze manquante a été conservée, elle est exposée au musée local. Espérons qu’une réparation sera un jour envisagée. Guillaume Fribor-dit-Mercier, fondeur vraisemblablement originaire de la Tarentaise et établi à Genève, réalisa la cloche 2 en 1459. Les riches motifs d’inspiration allemande de cette belle cloche antérieure à la Réforme, contrastent avec la sobriété de la grande cloche, coulée sous domination bernoise. Accrochées à l’origine dans le Clocher des Moines, démoli en 1820, les cloches 3 (1ère moitié XVe) et 4 (1510) ont la particularité de donner la même note au coup. Elles se balancent côte à côte dans les baies orientales du clocher.

-Cloche 1, note do#3 -13/100, diamètre 155cm, poids environ 2’400kg, coulée en 1552 par Jakob Burdi de Fribourg et Amey Tyot d’Evian
-Cloche 2, note la3 -16/100, diamètre 112cm, poids environ 950kg, coulée en 1459 par Guillaume Fribor-dit-Mercier établi à Genève.
-Cloche 3, note do#4 -37/100, diamètre 81cm, poids environ 340kg, coulée vraisemblablement durant la 1e moitié du XVe siècle.
-Cloche 4, note do#4 -40/100, diamètre 71cm, poids environ 220kg, coulée en 1510.

Remerciements à la Municipalité de Lutry et à M. Eric Ceppi, administrateur des bâtiments. Merci surtout à M. Robert Cornuz, ancien huissier, et aujourd’hui responsable des cloches et de l’horloge du temple de Lutry, pour sa gentillesse et sa disponibilité. Un tout grand merci à Antoine, carillonneur à Saint-Maurice et à Taninges, pour son indispensable collaboration.

Sources :
Les cloches de l’église de Lutry, par Georges Kasser, extrait de la revue historique vaudoise, Vol.70 (1962)
http://www.hls-dhs-dss.ch/textes/f/F18366.php
https://www.lutry.ch/vivre-a-lutry/espaces-publics-et-infrastructures/patrimoine-historique/temple-de-lutry/
http://orgues-et-vitraux.ch/default.asp/2-0-1956-11-6-1/

Cloches – Savigny (CH-VD) église réformée

Quatre cloches en fa3 pour une des rares sonneries en fenêtre du canton de Vaud

Paroisse catholique jusqu’à la réforme, Savigny possède une ravissante petite église idéalement située sur les hauteurs, et dont la sonnerie se compose de quatre cloches en fenêtre

Les premières mentions de la paroisse de Savigny remontent à 1228. En témoignent le défrichement du hameau central où se dresse aujourd’hui encore l’église, devenue réformée au  XVIe siècle. Ce lieu de culte était jusque là desservi par des religieux du tiers ordre de Saint-François, alors qu’était également mentionné sur place un petit couvent de franciscains. Menacé de destruction par les habitants en 1536, le couvent vit sa cloche dépendue et mise à l’abri à Lutry, à quelques kilomètres de là.

L’église actuelle date de 1554. Elle se dresse au même emplacement qu’un ancien édifice en bois détruit par le feu en 1538. Savigny possédait autrefois deux cloches : la plus grande, pesant 880 kg et donnant le fa, fut installée en 1659 dans ce qui était alors un simple clocher-mur. En 1820, quand fut réalisé le clocher que nous connaissons aujourd’hui, y prit place une petite cloche supplémentaire. Ces deux cloches prirent le chemin d’Aarau au XXe siècle. Ruetschi les refondit pour en faire la sonnerie actuelle de quatre cloches en fenêtre, une configuration rare dans cette région.

-Cloche 1, note fa3, poids environ 720kg, coulée par Ruetschi d’Aarau en 1955
-Cloche 2, note lab3, poids environ 410kg, coulée par Ruetschi d’Aarau en 1955
-Cloche 3, note sib3, poids environ 290kg, coulée par Ruetschi d’Aarau en 1955
-Cloche 4, note do4, poids environ 210kg, coulée par Ruetschi d’Aarau en 1955

Sources :
Dictionnaire historique, géographique et statistique du Canton de Vaud (1867)
https://fr.wikipedia.org/wiki/Savigny_(Vaud)

Cloches – Aigle (CH-VD) église réformée du cloître

Cette intéressante sonnerie à la ligne nominale chancelante possède une cloche gothique de 1430 remarquablement ornée

Anciennement église Saint-Maurice, l’église du cloître d’Aigle est aujourd’hui le lieu de culte des protestants francophones de la ville. Son clocher typique de la vallée du Rhône héberge quatre cloches de différentes époques : gothique, baroque et moderne

L’église au milieu du village – Si le centre urbain d’Aigle se trouve actuellement dans le quartier du Bourg, non loin de la gare, c’est dans le quartier décentré du Cloître que se dresse l’église réformée. L’explication est à chercher dans les méandres de l’histoire : L’ancienne église Saint-Maurice desservait à l’origine un important prieuré établi à l’écart de la ville. On trouve par contre dans le centre-ville l’actuelle église catholique, dédiée à Saint-Maurice et à Saint-Nicolas-de-Flue, de même que l’église Saint-Jacques, aujourd’hui église réformée allemande, où le réformateur Guillaume Farel prêcha pour la première fois en 1526. Il faut savoir qu’Aigle fut la première terre francophone à faire partie de l’ancienne Confédération suisse et à devenir officiellement protestante sous le joug des Bernois. Le prieuré d’Aigle a peut-être été fondé par les moines de Saint-Maurice, mais le couvent de Saint-Martin d’Ainay en a également réclamé la propriété aux XIIe et XIIIe siècles. Il fut supprimé en 1528. L’église du cloître, d’abord de style roman (XIIe siècle), fut reconstruite avec de belles voûtes gothiques au XVe siècle. Des fouilles archéologiques menées en 1899 ont mis au jour une ancienne nef rectangulaire et une abside semi-circulaire. Le clocher, caractéristique de la région avec sa flèche de pierre, semble dater de la fin du XVe siècle. Notons encore les stalles du XVIe et du XVIIIe siècles, la chaire de 1901, les vitraux de la Belle-Epoque et l’orgue Metzler de 1945 réinstallé à Aigle en 1963.

Une cloche gothique richement ornée – La pièce maîtresse de la sonnerie est une magnifique cloche gothique datée de 1430. Dans son article intitulé « De l’importance du patrimoine campanaire : étude de trois motifs iconographiques ornant les cloches médiévales » publié en 2007, la campanologue vaudoise Fabienne Hoffmann l’attribue à Fribor de Genève (ndlr : Jean, père de Guillaume Fribor-dit-Mercier). Les riches ornements représentent – entre autres – la Vierge à l’Enfant, le Christ de Pitié, le Christ en Croix, Saint-Pierre, Saint-Martin et Saint-Louis. Une cloche baroque, malheureusement inaccessible, arbore la date de 1689. Ses traces d’alésage indiquent qu’elle a été accordée, vraisemblablement en 1926, date de fonte de deux nouvelles cloches par Ruetschi d’Aarau. Selon ses inscriptions, la grande cloche remplacerait une pièce gothique utilisée de 1435 à 1908. Les archives de la maison Ruetschi indiquent que la sonnerie égrène les notes mi fa# la si, sans doute le motif recherché, mais qui ne correspond de loin pas au résultat obtenu. Le vénérable beffroi arbore la date de 1606 et les intiales P.O et I.B. Le clocher contient également une horloge mécanique Léon Crot de Granges-Marnand, toujours partiellement en service.

-Cloche 1, note mi3 -21/100, coulée en 1926 par Ruetschi d’Aarau
-Cloche 2, note fa3 – 42/100, coulée en 1430, attribuée à Jean Fribor de Genève
-Cloche 3, note la3 -34/100, coulée en 1926 par Ruetschi d’Aarau
-Cloche 4, note si3 -57/100, coulée en 1689, non signée

Déposée dans la cour du château voisin se trouve une cloche déposée (car fêlée) coulée en 1779 par Gaspard Deonna de Genève

Mes plus vifs remerciements à M. le Pasteur et à l’aimable sacristine pour leur charmant accueil lors de ma visite improvisée du 4 septembre 2016 à l’occasion du culte dominical.

Sources (autres que déjà mentionnées)
http://www.hls-dhs-dss.ch/textes/f/F18549.php
http://www.123chablais.com/
http://www3.orgues-et-vitraux.ch/default.asp/2-0-1882-11-6-1/
http://aigle.old.eerv.ch/2008/11/06/eglise-st-jacques/
https://fr.wikipedia.org/wiki/Aigle_(Vaud)
https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89glise_Saint-Maurice_d’Aigle

Cloches – Monthey (CH-VS) église Notre-Dame de l’Immaculée-Conception

Le clocher de l’église paroissiale de Monthey renferme l’une des plus imposantes sonneries valaisannes 

A un jet de pierre de la vénérable abbaye de Saint-Maurice, l’église Notre-Dame de l’Immaculée-Conception de Monthey dispose elle aussi d’une imposante sonnerie : sept cloches en do3 coulées par Ruetschi d’Aarau en 1895

Une église néoclassique sarde flanquée d’un clocher plus ancien – Une première église paroissiale fut édifiée à ce même endroit en 1707. Elle était alors entourée de son cimetière. En mauvais état et devenue trop petite, elle fut démolie vers 1850. L’élégant clocher a heureusement été conservé. L’église actuelle a été consacrée en 1855, sous le vocable de Notre-Dame de l’Immaculée-Conception, dont le dogme avait été proclamé par Pie IX en 1854. C’est Emile Vuilloud, architecte à Monthey, qui a dessiné les plans de cet édifice de type basilical à croisée, dont l’ensemble s’inscrit dans un rectangle. Nous sommes en présence d’une église de style néoclassique sarde, un courant très prisé en Valais et en Savoie avant l’apparition de styles néo-médiévaux tels que le néogothique et le néoroman. L’aspect austère de l’extérieur tranche avec la richesse intérieure : colonnes en faux marbre, chapiteaux corinthiens, décor peint, voûtes à caissons ainsi 5 coupoles en trompe-l’oeil. On y admire également un riche mobilier liturgique, tels que le maître autel en marbre blanc, noir et rouge de Gustave Doret et le tabernacle couronné d’un tempietto. A noter que les élégants fonts baptismaux, de style baroque primitif, proviennent de la première église de 1707.

Une sonnerie reconstituée après incendie – On ne sait pas grand chose des cloches qui donnèrent de la voix avant 1895. Il est seulement mentionné que cet hiver-là, le clocher fut ravagé par le feu. La paroisse n’attendit pas pour faire couler une nouvelle sonnerie, puisque cette dernière fut réalisée la même année. Les sept cloches sont toutes ornées d’élégantes décorations baroques. La justesse plus qu’approximative de la ligne nominale (cloche no6 un peu trop haute, no5 beaucoup trop basse) n’enlève rien au charme de l’ensemble. L’ancien clavier, toujours présent sous la chambre des cloches, nous apprend qu’on carillonnait ici jadis, comme dans beaucoup de paroisses valaisannes. Une curiosité est à noter quant à l’équipement : la partie centrale du beffroi de fer (soutènement des cloches no1 et 2) est conçue pour glisser sur les solives pendant la volée, grâce à un dispositif semblable à un patin. On peut considérer qu’il s’agit d’une version modernisée des vieux beffrois roulants en bois qu’on peut encore observer dans de rares clochers.

– Cloche 1 « Maria Immaculata », note do3 -18/100, poids environ 2’450kg
– Cloche 2 « Maria Magdalena », note mi3 -37/100, poids environ 1’200kg
– Cloche 3, note sol3 -7/100, poids environ 730kg
– Cloche 4, note la3 -14/100, poids environ 520kg
– Cloche 5, note si3 -44/100, poids environ 350kg
– Cloche 6, note do4 +29/100, poids environ 300kg
– Cloche 7, note ré4 +19/100, poids environ 200kg
(la3 = 435 Hz)

Mes plus vifs remerciements à la paroisse catholique de Monthey pour son aimable autorisation et à Mme Maria Païano, sacristine, pour son accueil et sa disponibilité. Remerciés soient également mes vaillants camarades campanaires pour leur indispensable collaboration : Antoine, carillonneur à Saint-Maurice et à Taninges (photos et plans vidéos additionnels, ainsi que mise en volée des cloches) et John Brechbühl, membre de la GCCS (prise de son)

Sources
http://www.paroisse-monthey.ch/paroisse/eglises-et-chappelles/eglise-de-monthey.html
Archives de la maison Ruetschi

Cloches – Zurich-Albisrieden (CH-ZH) nouvelle église réformée

Cinq cloches en si bémol 2, motif pentatonique mineur ; savourez l’une des plus belles sonneries monumentales de la fonderie Ruetschi pour la ville aux quarante bourdons

Troisième et dernier volet de la découverte des sonneries du quartier zurichois (et ancienne commune indépendante) d’Albisrieden, après l’ensemble monumental de l’église catholique Saint-Konrad et les cloches historiques de l’ancienne église réformée, les dernières du genre de la cité de Zwingli.

Un projet fonctionnel – La démographie galopante de l’agglomération zurichoise aidant, nombre de nouveaux lieux de culte voient le jour dans les quartiers périphériques jusque dans les années 1970. Parmi eux, l’église réformée d’Albisrieden. Le projet se présente comme un ensemble fonctionnel comprenant – outre la salle de cultes – deux foyers et des appartements de fonction pour le pasteur et le sacristain. Entre le moment où il fut décidé de bâtir la nouvelle église et l’inauguration de cette dernière, pas moins de 7 années s’écoulent. Le projet retenu, celui de l’architecte Hans Martin von Meyenburg, est soumis à d’âpres discussions. Oui à un centre paroissial, mais est-il nécessaire de construire une nouvelle église, alors que l’ancien édifice offre déjà 300 places ? A-t-on besoin d’un clocher ? La tour proposée n’est-elle pas ridiculement petite ? C’est finalement au mois de mai 1951 que sera inaugurée la nouvelle église réformée d’Albisrieden sur une parcelle arborisée de 4’000 m2.

Une sonnerie monumentale qui résonne au loin, telle est l’une des ambitions clairement affichées par la paroisse réformée d’Albisrieden. On reconnaît bien là le gigantisme campanaire zurichois pleinement assumé qui conduisit au fil des XIXe et XXe siècles à la coulée de pas moins de 40 bourdons pour cette seule ville de 370’000 âmes. A titre comparatif, l’agglomération genevoise tout entière avec ses 900’000 habitants ne compte qu’une seule cloche en octave 2. Le clocher de notre église ne mesure peut-être que vingt mètres, ses cinq cloches en si bémol 2 au motif pentatonique mineur sont perceptibles dans tout le quartier, et même au delà. Outre la taille et le volume sonore de l’ensemble, on peut signaler son excellente facture sonore. Il s’agit sans nul doute d’une des plus belles sonneries réalisées par la fonderie Ruetschi pour la ville de Zurich. Les cloches furent coulées en 1950 et hissées dans le clocher en septembre de la même année.

Sib2 réb3 mib3 fa3 lab3

Mes plus vifs remerciements à la paroisse réformée de Zurich-Albisrieden : M. Walter Lang, président, et M. Rolf Iten, sacristain. Un tout grand merci à Stefan Mittl, expert campanologue à Zurich, pour l’organisation de cette belle étape campanaire. Amitiés enfin John Brechbühl, membre de la GCCS, et à Dominique « Valdom 68 », responsable technique des clochers de Val-de-Travers.

Sources
http://www.kirchgemeinde-albisrieden.ch/geschichte/
https://de.wikipedia.org/wiki/Neue_Kirche_Albisrieden

Cloches – Mézières (CH-FR) église Saint-Pierre-aux-Liens

Nouvel équipement pour la sonnerie de Mézières (6 cloches en ré#3 par Paccard, Treboux et fondeur gothique)

-Cloche 1, note ré#3, poids 1’287 kg, coulée en 1937 par les fils de G. Paccard à Annecy-le-Vieux
-Cloche 2, note fa#3, coulée en 1853 par Samuel Treboux à Corsier-sur-Vevey
-Cloche 3, note sol#3, coulée en 1937 par les fils de G. Paccard à Annecy-le-Vieux
-Cloche 4, note la#3, poids 520kg, coulée en 1939 par les fils de G. Paccard à Annecy-le-Vieux
-Cloche 5, note do#4, coulée en 1853 par Samuel Treboux à Corsier-sur-Vevey
[Cloche 6, cloche de l’Agonie, note fa#4, coulée en 1517 (?) gothique]

Sur la vidéo de présentation, le plénum des cinq plus grandes cloches, suivi du tintement (40 coups) et de la volée de la cloche de l’Agonie

Une église construite en des temps difficiles – Consacrée le 1er août 1939, l’église Saint-Pierre-aux-Liens de Mézières est l’une des réalisations les plus emblématique de Fernand Dumas. Quatre ans plus tôt, l’architecte romontois avait été approché pour de simples travaux d’agrandissement, du type de ceux menés à Sâles et à Léchelles. En pleine période de crise économique, on envisageait en effet mal de se lancer dans le chantier pharaonique inhérent à toute nouvelle église. Mais suite à l’octroi de généreux subsides de l’Etat, il fut décidé de remplacer l’ancienne église, pourtant reconstruite presque entièrement en 1817 (seul le choeur de style gothique tardif avait été conservé). Fernand Dumas fit une nouvelle fois appel pour la décoration au collectif Saint-Luc, ce groupe d’artistes fondé en 1919 par Alexandre Cingria, François Beaud, Marcel Feuillat et Marcel Poncet.

De la récup’ et de nouvelles cloches – L’ancienne église ayant été dotée d’une nouvelle sonnerie par Samuel Treboux en 1853, il fut décidé de récupérer ces trois cloches et de créer un motif pentatonique mineur, très en vogue à l’époque, avec l’ajout de deux nouvelles cloches Paccard façonnées en 1937. Vraisemblablement endommagée lors de son déménagement, une des cloches du XIXe siècle dut être remplacée en 1939. Elle conserve toutefois le joug en bois de son aînée. Egalement accrochée dans le massif clocher habillé de pierres de taille, une petite cloche gothique, coulée en 1517, utilisée aujourd’hui comme cloche de l’Agonie (annonce des défunts de la paroisse), et ne donnant de la voix qu’en solo au tintement et à la volée. La sonnerie, déjà présentée sur ces pages en 2010, est dotée depuis peu d’un nouvel équipement. La maison Mécatal proposa dans un premier temps de remplacer le beffroi en acier, rouillé, par une structure en bois protégée des intempéries par des abat-son. Cette suggestion fut toutefois rejetée, car portant atteinte au style ajouré du clocher voulu par l’architecte de ce monument historique

 

Mes plus vifs remerciements à la maison Mécatal, Jean-Paul Schorderet et son équipe.

Sources
Publication du Service des Biens Culturels du canton de Fribourg, placardé dans l’église.

A consulter
http://upglane.ch/?paroisse=Berlens-Mezieres&page=eglise
http://www.mezieres-fr.ch/

Cloches – Villars-sur-Glâne (CH-FR) église Saints-Pierre-et-Paul

Intéressant ensemble hétérogène de cinq cloches réalisé du XIVe au XXe siècle

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Curieuse silhouette que celle de l’église Saints-Pierre-et-Paul de Villars-sur-Glâne. Cet élégant édifice de style néoroman, consacré en 1916, est flanqué d’un gracieux clocher dont la coiffe n’est pas sans rappeler ses homologues de l’Oberland bernois. Visibles loin à la ronde, les immenses cadrans furent modifiés dans les années 1960. De là-haut retentit un intéressant ensemble de 5 cloches issues de 3 époques différentes (XIVe, XIXe et XXe siècle)

Une église aux origines obscures – La première mention d’une église à Villars-sur-Glâne remonte à 1156. D’habitude très prolyxe dans son Dictionnaire historique et statistique des paroisses catholiques du canton de Fribourg, Apollinaire Deillon avoue ne disposer que de peu de renseignements au sujet des édifices qui se sont succédé en ces lieux. Il est seulement question d’importantes rénovations en 1450 et en 1786. Lors de la démolition de 1915 furent mises au jour une fenêtre romane du XIIe siècle dans la nef ainsi que des feuilles de plomb indiquant que le clocher avait été reconstruit en 1754. Consacrée le 8 octobre 1916, l’imposante église Saints-Pierre-et-Paul est en forme de croix latine. Le coût des travaux, devisé à 150’000 francs, s’avéra au final inférieur aux prédictions, de quoi faire pâlir d’envie nos grands argentiers actuels ! Les plans sont l’œuvre de Frédéric Broillet (1861-1927), architecte et restaurateur d’art réputé, spécialiste de l’historicisme, comme en témoignent les églises de Cugy et d’Heitenried. Les vitraux dessinés par Henri Broillet ont été réalisés par la maison Kirsch & Fleckner. Signalons enfin l’orgue neuf du facteur Ayer-Morel à Vauderens.

Une sonnerie hétérogène typique de la région – Les ensembles campanaires fribourgeois ont cela de savoureux qu’ils ont été complétés au fil des siècles tout en conservant les anciennes cloches. C’est ainsi qu’on trouve dans le clocher de Villars-sur-Glâne deux cloches récentes (cl 1 et 4) coulées par Ruetschi d’Aarau en 1960. Sont également accrochées au beffroi deux œuvres de Louis Roelly de Fribourg réalisées en 1838 (cl3) et 1840 (cl2). Mention enfin à la pièce maîtresse de la sonnerie, la cloche no5, coulée au XIVe siècle. Non signée et non datée, ses décors rappellent beaucoup ceux de la deuxième cloche du sacristain de la cathédrale Saint-Nicolas de Fribourg. Il y a donc fort à parier que ces deux cloches soient l’œuvre du même fondeur. Au XIXe siècle déjà, on se rendait compte de la valeur historique de cette petite cloche médiévale : la cloche no2 arbore en effet cette affectueuse dédicace (en latin) la plus grande cloche a été faite pour que la plus petite, très ancienne, puisse être ménagée. Signalons aussi dans le clocher la présence d’une crécelle en bois, jadis utilisée pour appeler les fidèles durant le triduum pascal, ainsi qu’un mouvement horloger désaffecté. Même si le cadran de contrôle de cette belle méanique affiche Léon Crot – fabricant – Granges (Vaud), il faut savoir que cet horloger se contentait souvent d’assembler et de revendre des pièces fabriquées en France. Le mouvement de Villars-sur-Glâne est en fait un produit de la maison Prost/Paget à Morez (merci à Daniel Fonlupt, conservateur de la Maison des Horloges à Charroux). Insolite enfin, une petite cloche (diamètre 37cm) estampillée Burdin aîné de Lyon (fondeur inédit dans la région) déposée au premier étage du clocher. Cette cloche aurait sonné un temps dans le clocher de la chapelle des Daillettes, consacrée en 1945 et incendiée en 1979. Son joug calciné semble corroborer cette thèse. On ignore par contre quelle fut la première destination de cette petite cloche.

-Cloche 1, note mi3 +11/100, diamètre 120cm, coulée en 1960 par Ruetschi d’Aarau
-Cloche 2, note sol3 +35/100, diamètre 95cm, coulée en 1840 par Louis Roelly de Fribourg
-Cloche 3, note si3 +10/100, diamètre 80.5cm, coulée en 1838 par Louis Roelly de Fribourg
-Cloche 4, note ré4 -8/100, diamètre 67cm, coulée en 1960 par Ruetschi d’Aarau
-Cloche 5, note sol4 -1/100, diamètre 51.5cm, coulée vers 1350, gothique, non signée

Mes plus vifs remerciements à toutes les personnes qui m’ont permis – tour à tour – d’accéder au clocher de l’église Saints-Pierre-et-Paul de Villars-sur-Glâne. A commencer par Jean-Paul Schorderet, campaniste, directeur de la maison Mécatal à Broc. Par la suite, j’ai été chaleureusement accueilli par l’abbé Jacques Papaux, vicaire de l’Unité pastorale St-Joseph et par MM. Alexandre Lopez et Jean-Yves Menoud, sacristains. Un tout grand merci au Conseil de Paroisse de m’avoir confié la visite commentée du clocher. Le repas convivial qui s’ensuivit en hauteur sous les cloches (mais oui) fut savoureux à tous points de vue ! Remerciements à Mme Elisabeth Piller pour la documentation fournie. Je ne saurai évidemment oublier mes vaillants camarades campanaires sans qui l’enregistrement audio-vidéo n’aurait pas été possible : Antoine « Cloches74 » carillonneur à St Maurice et à Taninges, et Dominique « Valdom68 » responsable technique des clochers de Val-de-Travers.

Sources (autres que mentionnées plus haut)
Inventaire réalisé par les Biens Culturels de l’Etat de Fribourg
Le patrimoine campanaire fribourgeois, éditions Pro Fribourg (2002)
https://www.villars-sur-glane.ch/fr/prive-par-theme/la-commune/historique/leglise-paroissiale-saints-pierre-et-paul.html
https://www.villars-sur-glane.ch/fr/prive-par-theme/la-commune/historique/la-chapelle-des-daillettes.html
http://www.hls-dhs-dss.ch/textes/f/F44717.php
http://www2.fr.ch/bcuf/Dynamic.aspx?c=2934
http://www3.orgues-et-vitraux.ch/default.asp/2-0-1687-11-6-1/

Cloches – Bienne (CH-BE) église St Benoît

L’église réformée alémanique de Bienne dispose d’une sonnerie de cinq cloches en si2, réalisée en trois étapes par la même fonderie

Bienne St Benoit

St Benoît n’est peut-être pas l’église la plus ancienne de Bienne (St Etienne est en effet mentionnée en l’an 600 déjà), il n’empêche nous sommes tout de même en présence d’un vénérable édifice consacré en 1228 et rebâti dans le style gothique tardif de 1451 à 1470. La base du clocher est encore celle de la première tour romane, quoique percée aujourd’hui de baies ogivales. On entreprit de surélever le clocher après édification de la nouvelle nef, afin de porter plus loin le son des cloches. Manque de chance, alors que les travaux étaient sur le point de s’achever, le couronnement du clocher s’écroula, entraînant dans sa chute un ouvrier, de même que les cloches. Si mes sources ne me renseignent pas sur l’état de santé du pauvre homme, elles nous apprennent en revanche que les cloches ne subirent miraculeusement aucun dommage ! Le clocher prit la forme que nous lui connaissons aujourd’hui en 1551.

De très belles fresques antérieures à la Réforme (proclamée en 1527) ornent l’intérieur de l’église St Benoît. Les rénovations successives menées au XXe siècle ont en effet permis de mettre au jour une représentation de St Benoît, le voile de Ste Véronique, le Jugement Dernier et le martyr de St Sébastien. On note aussi la présence de vitraux du XVe siècle dans le chœur, d’une très belle chaire néogothique et de deux orgues remarquables : un grand orgue en tribune, et un petit orgue en nid d’hirondelle. Ces instruments ont été réalisés respectivement en 2011 et en 1994 par la manufacture Metzler de Dietikon (CH-ZH).

Pour une église à l’histoire aussi riche, on peut évidemment regretter que la sonnerie se compose uniquement de cloches des XIXe et XXe siècle, toutes issues de la même fonderie. D’intéressantes anecdotes sont toutefois à relater. A commencer par le fait que le bourdon arbore des inscriptions selon lesquelles il serait la refonte d’une cloche de 1423. Il faut également savoir que Ruetschi d’Aarau coula en 1882 cinq cloches, ornées de motifs néogothiques soignés, et égrenant les notes si2 ré#3 fa#3 sol#3 si3. Après la Seconde Guerre Mondiale, les deux petites cloches furent envoyées en cadeau à des paroisses alsaciennes sinistrées. On refit alors un nouveau sol#3 en 1947, et on passa commande en 1955 – non pas d’un si3 – mais d’un do#3. Cette nouvelle disposition de la sonnerie entraîna l’agrandissement du beffroi en hauteur pour y loger la nouvelle cloche 2. Le beffroi – parlons-en – est nettement antérieur à la sonnerie. Sa construction massive donne à penser que la plus grande partie de sa structure date de la surélévation du clocher au XVIe siècle. A l’étage inférieur se trouve un magnifique mouvement horloger Prêtre et fils de la fin du XIXe siècle, modifié pour le remontage électrique des poids et le réglage horaire par électro-aimant sur le balancier. Dans l’église, enfin, se trouve exposée une petite cloche gothique avec son joug et ses ferrures d’origine. Elle arbore entre autres motifs le Christ en Croix

-Cloche 1, note si2, poids 2’850kg, coulée en 1882 par Hermann Ruetschi à Aarau
-Cloche 2, note do#3, poids 2’050kg, coulée en 1955 par Ruetschi SA à Aarau
-Cloche 3, note ré#3, poids 1’450kg, coulée en 1882 par Hermann Ruetschi à Aarau
-Cloche 4, note fa#3, poids 860kg, coulée en 1882 par Hermann Ruetschi à Aarau
-Cloche 5, note sol#3, poids 540kg, coulée en 1947 par Ruetschi SA à Aarau

Mes plus vifs remerciements à Luc Ramoni, pasteur à la paroisse réformée évangélique générale de Bienne, pour l’accès au clocher de cette belle église St Benoît, aujourd’hui église réformée alémanique. Remerciements également à Pierre « Pierrot708 » pour son indispensable collaboration.

Sources :
http://altstadt-biel.ch/sehenswuerdigkeiten-und-geschichte/reformierte-stadtkirche-biel-ring-2/reformierte-stadtkirche-biel-ring/
http://www.ref-bienne.ch/accueil/portrait/
https://de.wikipedia.org/wiki/Stadtkirche_Biel
http://www3.orgues-et-vitraux.ch/default.asp/2-0-1936-11-6-1/
http://www.srf.ch/radio-srf-musikwelle/glocken-der-heimat/biel-stadtkirche

Cloches – Bex (CH-VD) temple réformé

Ce clocher typique de la vallée du Rhône héberge 4 cloches, toutes historiques, dont un ré# 3 de près de 3 tonnes

Bex clocher vignes

Une petite église catholique dédiée à Saint Clément, telles sont les premières mentions d’une église à Bex en 1193. Un temple protestant est bâti au même emplacement en 1528, suite à l’invasion bernoise et à l’instauration de la Réforme. Après l’incendie de 1813, ce temple est reconstruit sur des plans d’Henri Perregaux, architecte lausannois à qui on doit la touche néoclassique de l’édifice. Le chœur semi-circulaire, une rareté pour la région et pour l’époque, était le souhait des autorités municipales depuis la fin du XVIIIe siècle. Ne subsiste donc du premier temple que le clocher. Inscrite comme bien culturel suisse d’importance nationale, cette robuste tour à la flèche octogonale en pierre semble avoir été dessinée par Jean Vaulet-Dunoyer, auteur de tout une série d’ouvrages semblables dans la région du Vieux-Chablais et du Bas-Valais. Le clocher a connu plusieurs restaurations, dont l’une en 1947 à la suite d’un tremblement de terre qui a nécessité le remplacement du porche et de la porte, de même que la mise à jour des enduits de la voûte. Depuis la fin du XVIIe siècle, la tour abrite les archives communales, comme c’est le cas dans plusieurs communes de la région.

La sonnerie du temple de Bex est intéressante à plus d’un titre. D’abord, nous avons affaire à 4 cloches, toutes historiques et toutes représentatives de l’art campanaire de leur époque. Deux d’entre elles sont même antérieures à la Réforme. La plus grande de ces demoiselles de bronze est en profil inhabituellement lourd. Pensez donc : un ré# 3 de près de 3 tonnes ! Des inscriptions latines nous apprennent que son nom est Claire et qu’elle est dédiée à La Vierge Marie et à St Clément, autrefois patron de l’église. Comme beaucoup de cloches de l’époque gothique et même gothique tardive, les cloches no 1 (1513) et 3 (XVe siècle) ne sont pas signées. Leurs sœurs baroques sont plus bavardes sur leurs origines : la cloche no 2 porte un tampon avec les initiales ME pour Martin Emery (plus d’infos au sujet de cette famille de fondeurs dans cet article au sujet de la sonnerie de Ballens). Quant à la cloche no4, elle est l’œuvre de Louis Léonard. Ce saintier mortuacien de la seconde moitié du XVIIIe qui ne s’est pas contenté de travailler dans sa seule région comtoise. Outre les cloches toujours existantes à Valoreille, Vauclusotte et Vuillecin, des cloches de Léonard se trouvent actuellement à Manigod et à Taninges en Haute-Savoie. L’ancien bourdon « Salésienne » de l’église Notre-Dame de Liesse à Annecy aurait également été coulé par notre saintier en 1768. D’un poids de 11’380 livres, cette cloche a été refondue en 1878 par Georges et Francisque Paccard. Louis Léonard est également mentionné en Valais avec 2 cloches à Nax. La légende raconte qu’une des cloches de Bex serait partie pour Gryon après la séparation des deux paroisses vers 1540.

– Cloche 1, « Claire », note ré#3, coulée en 1513
– Cloche 2, note fa# 3, coulée en 1641 par Martin Emery aîné de Genève
– Cloche 3, note la#3, coulée au XVe siècle
– Cloche 4, note do#4, coulée en 1775 par Léonard Louis de Morteau

(la3 = 435Hz, déviation en 1/100 de 1/2 ton)

Octave inf Prime Tierce min Quinte Octave sup
Cl1 ré#3 13.50 -107.94 24.48 99.04 52.16
Cl2 fa#3 -27.62 -27.62 3.98 -3.37 10.43
Cl3 la#3 -72.36 -52.89 9.24 -3.81 30.29
Cl4 do#4 6.10 213.50 32.20 98.01 -27.27

Mes plus vifs remerciements à la commune de Bex pour son aimable autorisation. Merci également aux sympathiques agents de police qui nous ont accueillis et remis les clés à l’occasion de notre visite. Etaient présents lors de cette intéressante étape campanaire : Antoine « Les Cloches Savoyardes », carillonneur à Taninges et à Saint-Maurice ; Dominique « Valdom 68 », responsable technique des clochers de Val-de-Travers ; Guilhem Lavignotte, organiste titulaire d’Yverdon-les-Bains ; Pascal Krafft, expert-campanologue à Saint-Louis. Merci à tous pour leur précieuse collaboration et les sympathiques échanges.

Sources :
Inventaire réalisé par Matthias Walter, président de la GCCS et expert-campanologue à Berne
Relevé des inscriptions de la grande cloche placardé dans le temple
https://fr.wikipedia.org/wiki/Temple_de_Bex
https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89glise_Notre-Dame-de-Liesse_d’Annecy
https://cloches74.com/
http://www.gryon.ch/xml_1/internet/fr/application/d401/d404/f476.cfm

Crédit photos (autres que les sources mentionnées plus haut)
www.rapazfreres.ch
www.mandementdebex.ch

A consulter
http://www.bex.ch/
http://lesavancons.eerv.ch/
https://www.youtube.com/user/valdom68