Clocher dynamité, une cloche se retrouve sous les décombres

Duisbourg St Matthias

St Jacques Abbeville, ça vous dit quelque chose ? La destruction l’an dernier de cette magnifique église néo-gothique avait suscité les protestations de nombreux amoureux du patrimoine. Emoi décuplé après que se soit répandue la nouvelle que la plus ancienne cloche de la sonnerie était restée dans le clocher durant la démolition. Récupérée sous les gravats dans un triste état, cette pièce de bronze de… 1645 faillit être vendue aux enchères. On aurait pu croire que cette rocambolesque histoire allait demeurer un cas isolé. Or quelle ne fut pas la stupeur des amoureux de patrimoine campanaire d’apprendre que lors du dynamitage du clocher de l’église St Matthias de Duisbourg (D-NW), haut de 26 mètres, la plus grande cloche a été « oubliée » dans le beffroi

Duisbourg cloche

Selon des renseignements aimablement fournis par Yúlian Noldor, campanologue à Dinslaken, la sonnerie était composée de 5 cloches: ré3 fa#3 la3 si3 (Bochumer Verein, 1959) + la4 (Petit & Edelbrock, 1925). Une autre cloche signée P&E, coulée la même année, fut réquisitionnée à la Seconde Guerre

Même si – contrairement au cas d’Abbeville – il ne s’agit pas d’une pièce à proprement historique, le fait qu’une cloche vieille d’une cinquantaine d’années soit traitée avec autant de mépris a de quoi susciter la colère des amoureux du patrimoine

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Le mystère des cloches d’Abbeville

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Alors que les amateurs de patrimoine architectural et religieux pleurent toujours la disparition de la magnifique église St Jacques d’Abbeville, est apparu ces derniers jours dans la presse un nouveau scandale: celui de la vente illicite d’une seconde cloche, semble-t-il ignorée des protagonistes de cette triste affaire. Je vous invite à prendre connaissance de cet article publié sur le site internet de la Tribune de l’Art. Le 28 juin, j’interpelais la SFC via ma page Facebook au sujet du mystère de ces cloches. Hervé Gouriou, expert campanaire pour le ministère de la culture et membre de la SFC, auteur du remarquable ouvrage « L’art campanaire en occident » (éd. du Cerf), a eu la bienveillance de se fendre de ces quelques explications via la rubrique commentaires de www.quasimodosonneurdecloches.ch

cloche vendueJ’ai eu à m’occuper de cette difficile affaire, au niveau campanaire. A simple titre d’information, voilà où en est la situation à Abbeville. L’église a été détruite (pour la mairie, elle a simplement été « déconstruite ») et un square sera aménagé à la place. La grosse cloche de l’église Saint Jacques (Jacqueline, 160 cm de diamètre, 2350 kg note Do 3) a été classée MH dernièrement et est actuellement entreposée en sécurité dans une chapelle d’Abbeville. J’ai été l’expertiser dernièrement, et c’est peu dire qu’elle est dans un état déplorable. Une partie de la flèche s’est écroulée dessus (nombreuses rayures dues aux chutes de grosses pierres) et le joug a été passé à la tronçonneuse. Une seconde cloche existait dans le clocher, mais avait mystérieusement disparu lors de la destruction de l’église saint Jacques. Elle a fait une réapparition médiatique la semaine dernière, aux enchères à Drouot (Paris). J’ai fourni les éléments de preuves à la direction du patrimoine afin que cette dernière fasse bloquer la vente (saisie de l’Office central de répression du trafic d’objets d’arts).

La petite cloche de Saint Jacques n’a donc pas été vendue. Une enquête va être diligentée pour savoir par quel tour de passe-passe cette cloche est passée directement du clocher de Saint Jacques à la salle des ventes de Drouot à Paris. Pour la mairie d’Abbeville, cette cloche n’existait tout simplement pas dans le clocher de Saint Jacques. Or, lors de la destruction du clocher, plusieurs témoins oculaires auraient vu tomber un objet ressemblant à une petite cloche qui aurait disparu dans les gravats. C’est peu dire que dans cette affaire, il y a un nombre d’anomalies et de bizarreries plus qu’élevé. La presse locale et diverses associations de protection du patrimoine se sont fait l’ écho de ce nouveau « problème ».

L’église St Jacques d’Abbeville (F-80) sera détruite

Profil

A Abbeville, l’église Saint-Jacques vit ses dernières heures. Le bâtiment doit être détruit. Le clocher, qui culmine à 65 mètres, menace de s’effondrer à tout moment. Voilà ce que dit le rapport de l’expert, présenté hier soir en séance extraordinaire du conseil municipal. Aucun chantier de sauvetage n’est possible. L’église a été construite au XIXe siècle en partie sur pilotis sur un sol meuble. Les fondations bougent et les murs craquent de toutes parts. Les élus ont voté à l’unanimité une demande de désaffectation au préfet. C’est-à-dire que l’église ne doit plus être considérée comme lieu de culte. Les travaux de démolition doivent démarrer dès le début de la semaine prochaine. Il y a 10 000 tonnes de pierres à évacuer ! Pour protéger les maisons alentours, les murs de l’église ne vont pas être abattus mais démontés pierre par pierre. Les fonts baptismaux et le Christ en croix ont déjà été transférés au musée Boucher-de-Perthes. Il reste à sauver l’orgue (source: France Bleu Picardie, 8 février 2013)

loin

L’église Saint-Jacques d’Abbeville est située dans un quartier épargné par les bombardements qui ont détruit la ville à 80% en 1940. Elle fut construite dans le style néo-gothique par l’architecte Victor Deleforterie, émule de Viollet-le-Duc, à la place de l’ancienne église médiévale détruite parce que son état était jugé inquiétant (déjà !), et consacrée en 1878. Ses qualités architecturales sont évidentes comme le montrent nos photos. Elle aurait largement mérité une inscription, sinon un classement, mais les municipalités successives ne l’ont jamais demandé. Depuis quelques années, particulièrement depuis 2005 lorsqu’une tempête fit chuter un élément du clocher qui perça la toiture de la nef, l’état de l’église s’est fortement détérioré (source : La Tribune de l’Art, 18 mai 2010.

démolition

Le samedi 13 juillet 1737 fut coulée, dans le cimetière Saint Nicolas,la grosse cloche de l’église Saint Jacques ( qui était cassée depuis environ 30 ans mais elle a sonné jusqu’au jour où elle fut descendue) mais le métal coula par le bas , elle se trouva sans ancre.On l’a refondu  une seconde fois. Elle a été coulé le jeudi 19 septembre 1737  qui ,cette fois ,a bien réussi.Le lendemain de la dernière fonte, les paroissiens ayant vu tirer la cloche de son moule, lui attachèrent plusieurs branches de lauriers et la transportèrent eux mêmes vers la paroisse. Elle fut bénie  en l’église Saint Jacques le 22 septembre 1737. La cloche Jacqueline fondue en 1737 pour l’ancien clocher ,échappe aux fontes de la Révolution, est réinstallée dans le clocher actuel, à nouveau elle échappe aux destrutions de 1940.Elle est la doyenne des cloches d’Abbeville (source : http://saintjacques-l-oubliee.over-blog.com/)

nuit

Le coup de gueule de Quasimodo: Je me demande ce qui va bien pouvoir sortir de terre à la place de cette splendeur. Des parcmètres, des pompes à essence, des caisses enregistreuses ? Certainement un bâtiment flambant neuf dont les politiques en manque de voix et les pseudo-urbanistes loueront la fonctionnalité et la rentabilité. Fonctionnalité, rentabilité… ces termes abominables au nom desquels les boiseries et les dentelles de pierre a trop souvent cédé la place au béton et à l’acier. Des mots qui n’ont pas plus d’âme que les nihilistes incultes qui crachent sur ces magnifiques témoins de notre passé.

Démolition honteuse à Lausanne

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Ce bel immeuble lausannois a été rasé par des promoteurs immobiliers, plus sensibles au dessins sur nos billets de banque qu’à la beauté du patrimoine architectural. Tout cela avec la bénédiction des autorités. C’est une honte ! Surtout quand on sait quelle cage à lapin va se dresser à la place de cette splendeur

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Avant que la beauté et le style ne s’effacent pour laisser la place au « fonctionnel », dans ce que ce terme peut comporter de plus péjoratif, je vous invite à jeter un dernier coup d’oeil apitoyé sur ce bel immeuble, construit en 1895 sur les plans de l’architecte vevysan Francis Isoz, à qui ont doit également le Château d’Ouchy, la Maison Mercier, le Gymnase du Bugnon, la BCV, ou encore le Crédit Foncieur Vaudois (source: 24heures, édition du 16 janvier 2012). Les influences de la Renaissance française y côtoient avec goût les motifs Art Nouveau

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Jugé trop récent pour être d’une valeur véritablement historique, le patrimoine de la Belle-Epoque est aujourd’hui trop souvent sacrifié sur l’autel de la rentabilité. De même que nous portons aujourd’hui un jugement sévère sur les démolisseurs des fortifications médiévales de nos cités, nous devrions penser au fait que dans une ou 2 générations, nos descendants maudiront à leur tour les bâtisseurs de blocs de béton. Mais il sera hélas trop tard.
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