St Aubin, montée à la cloche de bois

St Aubin incendie proche

C’est avec un profond sentiment de tristesse que j’apprenais, le 18 septembre dernier, l’incendie qui ravageait le clocher du temple de St Aubin (CH-NE). Les 4 cloches, dont 2 pièces historiques du 17e et du 18e siècle, n’ont certes pas fondu dans le sinistre, mais les dommages subis ont définitivement ôté tout espoir de réparation.Passé ce premier instant de douleur, a commencé à naître un fol espoir : les cloches de St Aubin vont reprendre vie. La volonté des citoyens et paroissiens, associée au dynamisme des services culturels et de la fonderie Ruetschi, ont fait que très vite, les fourneaux argoviens se sont mis à rougeoyer. En en rien de temps, la sonnerie fut recoulée.

St Aubin cloches déposées 2Très vite, toutefois, des questions ont commencé à germer dans l’esprit des amis des cloches. Etait-il vraiment nécessaire de concevoir la plus grande des 4 cloches dans le profil exact de celui qu’avait utilisé le romontois Pierre Guillet il y a 4 siècles ? N’importe quel expert vous dira que la sonorité ne sera jamais la même, ne serait-ce qu’en raison de la teneur de l’alliage. Effectuer un moulage des motifs aurait été amplement suffisant. Et surtout, n’aurait-ce pas été l’occasion de voir les choses en grand, et concevoir pour ce vaste clocher une sonnerie un peu plus imposante ? Sans vouloir forcément s’aligner sur le gigantisme de Bremgarten (CH-AG) dont les cloches historiques furent elles aussi anéanties dans un incendie il y a 30 ans, et qui furent remplacées par une sonnerie monumentale en sib2 dont le bourdon dut être équipé en rétro-lancé car surdimensionné, on aurait pu prendre l’exemple – lui aussi neuchâtelois – de Dombresson, dont le temple fut la proie des flammes il y a une vingtaine d’années. A force de collectes et de dons, la collectivité parvint à s’offrir une 4e cloche, alors qu’il était initialement prévu de ne refaire que les 3 composantes de l’ancienne sonnerie.

IMG_4126Mais à St Aubin, rien de tout cela. On a préféré se contenter du strict minimum. Et comme si cette leçon d’humilité ne suffisait pas, il a été décidé de zapper toute forme de cérémonie. Je cite en effet la presse locale : « les cloches arriveront d’Aarau tôt le matin dans un camion bâché. Elles seront montées une par une par une grue qui les mettra directement en place dans leurs travées. Les 4 cloches devraient être en place vers 10h » (source : Feuille d’avis de la Béroche, édition du vendredi 17 mai 2013). Je ne vous explique pas quel choc je reçus à la lecture de ces quelques en ligne. En un instant, je me suis remémoré les cérémonies empreintes de joie et d’émotion auxquelles j’avais eu le privilège d’assister. La dernière en date fut celle de la montée du bourdon de Sirnach (CH-TG). Cette imposante cloche de 6 tonnes, coulée en 1937 et fêlée il y a près de 30 ans, n’a pourtant été que soudée. Cela n’a pas empêché la paroisse de magnifiquement marquer le coup. Déposée à la première heure dans la rue devant l’église, la cloche s’est vu ornée d’une couronne fleurie, et offerte au regard des curieux attendris. S’en sont suivis les discours officiels, une courte cérémonie religieuse, avant que les bras vigoureux des enfants du lieu ne se saisissent avec enthousiasme de la corde, permettant à la lourde pièce de bronze de s’envoler dans le ciel bleu azur. « C’est la première fois de votre vie que vous parvenez à soulever 6 tonnes » lançait d’un air malicieux René Spielmann, directeur de la fonderie Ruetschi, qui supervisait les opérations. Et tous les badauds de rire de bon cœur. Nul doute que tous les participants, petits et grands, se souviendront longtemps de cette belle journée.

St Aubin après faceCe moment si particulier, les habitants de St Aubin ne le connaîtront jamais. Ils se souviendront certes avec tristesse avoir vu leur beau clocher en feu, les sirènes des pompiers hanteront sans doute longtemps leur mémoire. Beaucoup seront sans doute heureux de réentendre leur cloches, mais il leur manquera l’essentiel : cet instant magique de résurrection à nul autre pareil. Triste reflet d’une société qui starifie des bimbos sans cervelle, et qui est incapable de saisir ce qui a valeur d’éternité.