Cloches – Cergnat (CH-VD) temple et ancienne église Saint-Maurice

Trois cloches gothiques à la saveur incomparable

Le temple de Cergnat – ancienne église Saint-Maurice – se dresse sur le territoire de la commune vaudoise d’Ormont-Dessous, non loin de Leysin. Cet édifice du XIIIe siècle renferme d’intéressants éléments architecturaux de différentes époques. Dans son antique clocher à la flèche de pierre sont accrochées trois belles cloches gothiques aux caractéristiques sonores typiques de leur époque.

De l’église Saint-Maurice au temple – La commune montagnarde d’Ormont-Dessous occupe la partie aval de la vallée des Ormonts. Ellle regroupe cinq villages et hameaux, à savoir : Le Sépey, La Forclaz, Cergnat, La Comballaz-Les Voëttes et le Col des Mosses. Sa superficie de 6’402 hectares en fait la quatrième sur le plan cantonal vaudois. L’église Saint-Maurice de Cergnat est attestée depuis 1279. Malgré son vocable, elle ne semble pas avoir été sous domination de la vénérable abbaye toute proche. L’église fut – en dépit sa situation excentrée – le premier lieu de la culte de la Vallée des Ormonts. De l’édifice original du XIIIe siècle, seul le chœur nous est parvenu. La nef prit l’aspect que nous lui connaissons durant la seconde moitié du XIXe siècle. De fort belle facture, la galerie, typique des temples réformés vaudois, date de 1660 environ. La chaire, également en bois sculpté, est l’œuvre de Jean Borloz, qui travailla également dans l’église voisine de Leysin. Plus récents, les vitraux du choeur portent la griffe du peintre Jean Prahin et la date de 1975.

Une sonnerie gothique – Le clocher-porche nous rappelle, avec sa flèche de pierre octogonale, que la Vallée du Rhône n’est pas loin. Il renferme trois intéressantes cloches gothiques antérieures à la Réforme. La plus petite, non signée, porte la date de 1516. Elle est ornée de quatre beaux médaillons représentant l’Annonciation, la Vierge à l’Enfant, la Crucifixion et le Christ de Pitié. Les deux plus grandes ont été coulées par Jean Follare de Fribourg en 1472. Fils de Pierre et frère de Hensli, fondeurs de cloches mais aussi horlogers et armuriers, Jean Follare semble avoir été avant tout potier d’étain. La dynastie Follare compte parmi les premiers fondeurs de cloches attestés en ville de Fribourg après Anton Grangier. La motorisation de la sonnerie dans les années 1960 a conduit au remplacement de deux jougs de chêne par des rails métalliques.

-Cloche 1, note ré#3 +19/100, coulée en 1472 par Jean Follare de Fribourg
-Cloche 2, note fa#3 +25/100, coulée en 1472 par Jean Follare de Fribourg
-Cloche 3, note si3 +69/100, coulée en 1516

Octave inf Prime Tierce min Quinte Octave sup
ré#3 ré#2 -213/100 ré#3 +263/100 fa#3 +351/100 la#3 +216/100 ré#4 +19/100
fa#3 fa#2 -264/100 fa#3 +235/100 la3 +361/100 do#4 +122/100 fa#4 +24/100
si3 si2 -196/100 si3 +89/100 ré4 +45/100 fa#4 +100/100 si4 +69/100

L’ancienne horloge mécanique est aujourd’hui déposée à la maison de commune. Datée de 1763, elle porte – gravée sur son châssis – la signature de son artisan, un certain Abraham Dupertuis.  L’homme réalisa également une horloge pour Aigle. Revendue en 1893 à l’église anglaise de Vers-L’Eglise – devenue depuis église réformée – cette mécanique a malheureusement disparu en 1964. Tragique destinée que celle de cet horloger et armurier qui périt en 1798, en pleine révolution vaudoise, non pas sous les tirs ennemis, mais suite à l’explosion du canon de son propre fusil.

Sources :
« Ormont-Dessus, Ormont-Dessous », ouvrage de divers auteurs publié en 1994.
« Le patrimoine campanaire fribourgeois », éditions Pro Fribourg, 2012
http://www.ormont-dessus.ch/Editeur/stw~19/php/19.php

Mes plus vifs remerciements à M. Jean-Paul Schorderet, campaniste, directeur de la maison Mecatal, qui m’a très aimablement convié à l’accompagner dans le clocher à l’occasion de travaux de maintenance. Merci également au Greffe municipal pour le sympathique accueil et la mise à disposition d’une intéressante documentation.

A consulter :
http://www.ormont-dessus.ch/
http://ormontsleysin.eerv.ch/

Cloches – Lutry (VD) temple

La sonnerie historique et insolite d’une pittoresque bourgade viticole vaudoise

Rarement il m’a été donné d’observer sonnerie plus insolite et plus charmante que celle de Lutry ! A commencer par la disposition peu commune des cloches (2 en façade, 2 à l’intérieur). Les deux plus petites cloches donnent la même note au coup. Très particulière est également la sonorité de la grande cloche, dont il manque un important morceau. Si on y ajoute l’âge canonique de ces nobles dames de bronze (XIVe-XVIe siècle), on peut sans hésitation affirmer que nous sommes ici en présence d’une des sonneries les plus rares et les plus précieuses de Suisse romande.

Lutry hébergea dès le XIe siècle et jusqu’à la Réforme, un des plus importants prieurés du canton. Le terrible incendie de 1344 obligea à la construction d’une nouvelle église, non plus de style roman, mais gothique. Cinq chapelles furent ajoutées à sa nef. Quelques traces de l’église romane primitives restent visibles dans l’architecture actuelle, comme la porte sous la galerie des orgues, la voûte du porche d’entrée, les étages inférieurs de la tour carrée et deux colonnes encastrées au nord de l’abside. Le chœur, propriété du cloître, avait pour patron Saint-Martin. La nef, à disposition de la paroisse, était consacrée à Saint-Clément. Suite à la Réforme, l’année 1569 vit les Bernois procéder à la démolition des anciennes chapelles et élever l’actuel clocher. Y fut placé une grosse cloche en complément des petites déjà existantes, dont deux cloches accrochées dans le Clocher des Moines. Ce dernier, situé au sud du sanctuaire, fut démoli en 1820. Les cloches furent alors montées dans le clocher actuel, où – faute de place – elles furent accrochées aux baies orientales. Les façades de l’église, entièrement décrépies au début du XXe siècle, ont bénéficié d’une restauration de 1986 à 1988. Le recrépissage et le rétablissement des décors peints (encadrements et chaînes d’angles) lui ont rendu son apparence du XVIIIe siècle. Dignes d’observation à l’intérieur : les voûtes gothiques et leurs magnifiques peintures du XVIe siècle, œuvres du peintre flamand Umbert Mareschet ; l’orgue Zimmer daté de 1791 restauré en 1975 par la manufacture Fuglister ; le stalles et la chaire. A l’extérieur, on note – au-dessus du portail – une grande fenêtre flanquée de deux petits singes de style Renaissance. Ces animaux ont probablement été taillés par le maître principal de la reconstruction de l’église, Uli II Bodmer, qui faisait partie entre 1556 et 1562 de l’importante corporation bernoise des métiers de la pierre Zum Affen (littéralement au singe). Voilà pourquoi au XVIe siècle, le singe est devenu l’animal emblème de la ville.

La grande cloche est datée de 1552. Elle est l’œuvre conjointe du fribourgeois Jakob Burdi et d’Amey Thiot d’Evian. On raconte qu’un sonneur un peu trop vigoureux l’a fait voler trop haut le soir de la St Sylvestre 1865, faisant éclater un morceau de la pince. Cela explique sa sonorité si particulière. La pièce de bronze manquante a été conservée, elle est exposée au musée local. Espérons qu’une réparation sera un jour envisagée. Guillaume Fribor-dit-Mercier, fondeur vraisemblablement originaire de la Tarentaise et établi à Genève, réalisa la cloche 2 en 1459. Les riches motifs d’inspiration allemande de cette belle cloche antérieure à la Réforme, contrastent avec la sobriété de la grande cloche, coulée sous domination bernoise. Accrochées à l’origine dans le Clocher des Moines, démoli en 1820, les cloches 3 (1ère moitié XVe) et 4 (1510) ont la particularité de donner la même note au coup. Elles se balancent côte à côte dans les baies orientales du clocher.

-Cloche 1, note do#3 -13/100, diamètre 155cm, poids environ 2’400kg, coulée en 1552 par Jakob Burdi de Fribourg et Amey Tyot d’Evian
-Cloche 2, note la3 -16/100, diamètre 112cm, poids environ 950kg, coulée en 1459 par Guillaume Fribor-dit-Mercier établi à Genève.
-Cloche 3, note do#4 -37/100, diamètre 81cm, poids environ 340kg, coulée vraisemblablement durant la 1e moitié du XVe siècle.
-Cloche 4, note do#4 -40/100, diamètre 71cm, poids environ 220kg, coulée en 1510.

Remerciements à la Municipalité de Lutry et à M. Eric Ceppi, administrateur des bâtiments. Merci surtout à M. Robert Cornuz, ancien huissier, et aujourd’hui responsable des cloches et de l’horloge du temple de Lutry, pour sa gentillesse et sa disponibilité. Un tout grand merci à Antoine, carillonneur à Saint-Maurice et à Taninges, pour son indispensable collaboration.

Sources :
Les cloches de l’église de Lutry, par Georges Kasser, extrait de la revue historique vaudoise, Vol.70 (1962)
http://www.hls-dhs-dss.ch/textes/f/F18366.php
https://www.lutry.ch/vivre-a-lutry/espaces-publics-et-infrastructures/patrimoine-historique/temple-de-lutry/
http://orgues-et-vitraux.ch/default.asp/2-0-1956-11-6-1/

Cloches – Savigny (CH-VD) église réformée

Quatre cloches en fa3 pour une des rares sonneries en fenêtre du canton de Vaud

Paroisse catholique jusqu’à la réforme, Savigny possède une ravissante petite église idéalement située sur les hauteurs, et dont la sonnerie se compose de quatre cloches en fenêtre

Les premières mentions de la paroisse de Savigny remontent à 1228. En témoignent le défrichement du hameau central où se dresse aujourd’hui encore l’église, devenue réformée au  XVIe siècle. Ce lieu de culte était jusque là desservi par des religieux du tiers ordre de Saint-François, alors qu’était également mentionné sur place un petit couvent de franciscains. Menacé de destruction par les habitants en 1536, le couvent vit sa cloche dépendue et mise à l’abri à Lutry, à quelques kilomètres de là.

L’église actuelle date de 1554. Elle se dresse au même emplacement qu’un ancien édifice en bois détruit par le feu en 1538. Savigny possédait autrefois deux cloches : la plus grande, pesant 880 kg et donnant le fa, fut installée en 1659 dans ce qui était alors un simple clocher-mur. En 1820, quand fut réalisé le clocher que nous connaissons aujourd’hui, y prit place une petite cloche supplémentaire. Ces deux cloches prirent le chemin d’Aarau au XXe siècle. Ruetschi les refondit pour en faire la sonnerie actuelle de quatre cloches en fenêtre, une configuration rare dans cette région.

-Cloche 1, note fa3, poids environ 720kg, coulée par Ruetschi d’Aarau en 1955
-Cloche 2, note lab3, poids environ 410kg, coulée par Ruetschi d’Aarau en 1955
-Cloche 3, note sib3, poids environ 290kg, coulée par Ruetschi d’Aarau en 1955
-Cloche 4, note do4, poids environ 210kg, coulée par Ruetschi d’Aarau en 1955

Sources :
Dictionnaire historique, géographique et statistique du Canton de Vaud (1867)
https://fr.wikipedia.org/wiki/Savigny_(Vaud)

Cloches – Aigle (CH-VD) église réformée du cloître

Cette intéressante sonnerie à la ligne nominale chancelante possède une cloche gothique de 1430 remarquablement ornée

Anciennement église Saint-Maurice, l’église du cloître d’Aigle est aujourd’hui le lieu de culte des protestants francophones de la ville. Son clocher typique de la vallée du Rhône héberge quatre cloches de différentes époques : gothique, baroque et moderne

L’église au milieu du village – Si le centre urbain d’Aigle se trouve actuellement dans le quartier du Bourg, non loin de la gare, c’est dans le quartier décentré du Cloître que se dresse l’église réformée. L’explication est à chercher dans les méandres de l’histoire : L’ancienne église Saint-Maurice desservait à l’origine un important prieuré établi à l’écart de la ville. On trouve par contre dans le centre-ville l’actuelle église catholique, dédiée à Saint-Maurice et à Saint-Nicolas-de-Flue, de même que l’église Saint-Jacques, aujourd’hui église réformée allemande, où le réformateur Guillaume Farel prêcha pour la première fois en 1526. Il faut savoir qu’Aigle fut la première terre francophone à faire partie de l’ancienne Confédération suisse et à devenir officiellement protestante sous le joug des Bernois. Le prieuré d’Aigle a peut-être été fondé par les moines de Saint-Maurice, mais le couvent de Saint-Martin d’Ainay en a également réclamé la propriété aux XIIe et XIIIe siècles. Il fut supprimé en 1528. L’église du cloître, d’abord de style roman (XIIe siècle), fut reconstruite avec de belles voûtes gothiques au XVe siècle. Des fouilles archéologiques menées en 1899 ont mis au jour une ancienne nef rectangulaire et une abside semi-circulaire. Le clocher, caractéristique de la région avec sa flèche de pierre, semble dater de la fin du XVe siècle. Notons encore les stalles du XVIe et du XVIIIe siècles, la chaire de 1901, les vitraux de la Belle-Epoque et l’orgue Metzler de 1945 réinstallé à Aigle en 1963.

Une cloche gothique richement ornée – La pièce maîtresse de la sonnerie est une magnifique cloche gothique datée de 1430. Dans son article intitulé « De l’importance du patrimoine campanaire : étude de trois motifs iconographiques ornant les cloches médiévales » publié en 2007, la campanologue vaudoise Fabienne Hoffmann l’attribue à Fribor de Genève (ndlr : Jean, père de Guillaume Fribor-dit-Mercier). Les riches ornements représentent – entre autres – la Vierge à l’Enfant, le Christ de Pitié, le Christ en Croix, Saint-Pierre, Saint-Martin et Saint-Louis. Une cloche baroque, malheureusement inaccessible, arbore la date de 1689. Ses traces d’alésage indiquent qu’elle a été accordée, vraisemblablement en 1926, date de fonte de deux nouvelles cloches par Ruetschi d’Aarau. Selon ses inscriptions, la grande cloche remplacerait une pièce gothique utilisée de 1435 à 1908. Les archives de la maison Ruetschi indiquent que la sonnerie égrène les notes mi fa# la si, sans doute le motif recherché, mais qui ne correspond de loin pas au résultat obtenu. Le vénérable beffroi arbore la date de 1606 et les intiales P.O et I.B. Le clocher contient également une horloge mécanique Léon Crot de Granges-Marnand, toujours partiellement en service.

-Cloche 1, note mi3 -21/100, coulée en 1926 par Ruetschi d’Aarau
-Cloche 2, note fa3 – 42/100, coulée en 1430, attribuée à Jean Fribor de Genève
-Cloche 3, note la3 -34/100, coulée en 1926 par Ruetschi d’Aarau
-Cloche 4, note si3 -57/100, coulée en 1689, non signée

Déposée dans la cour du château voisin se trouve une cloche déposée (car fêlée) coulée en 1779 par Gaspard Deonna de Genève

Mes plus vifs remerciements à M. le Pasteur et à l’aimable sacristine pour leur charmant accueil lors de ma visite improvisée du 4 septembre 2016 à l’occasion du culte dominical.

Sources (autres que déjà mentionnées)
http://www.hls-dhs-dss.ch/textes/f/F18549.php
http://www.123chablais.com/
http://www3.orgues-et-vitraux.ch/default.asp/2-0-1882-11-6-1/
http://aigle.old.eerv.ch/2008/11/06/eglise-st-jacques/
https://fr.wikipedia.org/wiki/Aigle_(Vaud)
https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89glise_Saint-Maurice_d’Aigle

Cloches – Bex (CH-VD) temple réformé

Ce clocher typique de la vallée du Rhône héberge 4 cloches, toutes historiques, dont un ré# 3 de près de 3 tonnes

Bex clocher vignes

Une petite église catholique dédiée à Saint Clément, telles sont les premières mentions d’une église à Bex en 1193. Un temple protestant est bâti au même emplacement en 1528, suite à l’invasion bernoise et à l’instauration de la Réforme. Après l’incendie de 1813, ce temple est reconstruit sur des plans d’Henri Perregaux, architecte lausannois à qui on doit la touche néoclassique de l’édifice. Le chœur semi-circulaire, une rareté pour la région et pour l’époque, était le souhait des autorités municipales depuis la fin du XVIIIe siècle. Ne subsiste donc du premier temple que le clocher. Inscrite comme bien culturel suisse d’importance nationale, cette robuste tour à la flèche octogonale en pierre semble avoir été dessinée par Jean Vaulet-Dunoyer, auteur de tout une série d’ouvrages semblables dans la région du Vieux-Chablais et du Bas-Valais. Le clocher a connu plusieurs restaurations, dont l’une en 1947 à la suite d’un tremblement de terre qui a nécessité le remplacement du porche et de la porte, de même que la mise à jour des enduits de la voûte. Depuis la fin du XVIIe siècle, la tour abrite les archives communales, comme c’est le cas dans plusieurs communes de la région.

La sonnerie du temple de Bex est intéressante à plus d’un titre. D’abord, nous avons affaire à 4 cloches, toutes historiques et toutes représentatives de l’art campanaire de leur époque. Deux d’entre elles sont même antérieures à la Réforme. La plus grande de ces demoiselles de bronze est en profil inhabituellement lourd. Pensez donc : un ré# 3 de près de 3 tonnes ! Des inscriptions latines nous apprennent que son nom est Claire et qu’elle est dédiée à La Vierge Marie et à St Clément, autrefois patron de l’église. Comme beaucoup de cloches de l’époque gothique et même gothique tardive, les cloches no 1 (1513) et 3 (XVe siècle) ne sont pas signées. Leurs sœurs baroques sont plus bavardes sur leurs origines : la cloche no 2 porte un tampon avec les initiales ME pour Martin Emery (plus d’infos au sujet de cette famille de fondeurs dans cet article au sujet de la sonnerie de Ballens). Quant à la cloche no4, elle est l’œuvre de Louis Léonard. Ce saintier mortuacien de la seconde moitié du XVIIIe qui ne s’est pas contenté de travailler dans sa seule région comtoise. Outre les cloches toujours existantes à Valoreille, Vauclusotte et Vuillecin, des cloches de Léonard se trouvent actuellement à Manigod et à Taninges en Haute-Savoie. L’ancien bourdon « Salésienne » de l’église Notre-Dame de Liesse à Annecy aurait également été coulé par notre saintier en 1768. D’un poids de 11’380 livres, cette cloche a été refondue en 1878 par Georges et Francisque Paccard. Louis Léonard est également mentionné en Valais avec 2 cloches à Nax. La légende raconte qu’une des cloches de Bex serait partie pour Gryon après la séparation des deux paroisses vers 1540.

– Cloche 1, « Claire », note ré#3, coulée en 1513
– Cloche 2, note fa# 3, coulée en 1641 par Martin Emery aîné de Genève
– Cloche 3, note la#3, coulée au XVe siècle
– Cloche 4, note do#4, coulée en 1775 par Léonard Louis de Morteau

(la3 = 435Hz, déviation en 1/100 de 1/2 ton)

Octave inf Prime Tierce min Quinte Octave sup
Cl1 ré#3 13.50 -107.94 24.48 99.04 52.16
Cl2 fa#3 -27.62 -27.62 3.98 -3.37 10.43
Cl3 la#3 -72.36 -52.89 9.24 -3.81 30.29
Cl4 do#4 6.10 213.50 32.20 98.01 -27.27

Mes plus vifs remerciements à la commune de Bex pour son aimable autorisation. Merci également aux sympathiques agents de police qui nous ont accueillis et remis les clés à l’occasion de notre visite. Etaient présents lors de cette intéressante étape campanaire : Antoine « Les Cloches Savoyardes », carillonneur à Taninges et à Saint-Maurice ; Dominique « Valdom 68 », responsable technique des clochers de Val-de-Travers ; Guilhem Lavignotte, organiste titulaire d’Yverdon-les-Bains ; Pascal Krafft, expert-campanologue à Saint-Louis. Merci à tous pour leur précieuse collaboration et les sympathiques échanges.

Sources :
Inventaire réalisé par Matthias Walter, président de la GCCS et expert-campanologue à Berne
Relevé des inscriptions de la grande cloche placardé dans le temple
https://fr.wikipedia.org/wiki/Temple_de_Bex
https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89glise_Notre-Dame-de-Liesse_d’Annecy
https://cloches74.com/
http://www.gryon.ch/xml_1/internet/fr/application/d401/d404/f476.cfm

Crédit photos (autres que les sources mentionnées plus haut)
www.rapazfreres.ch
www.mandementdebex.ch

A consulter
http://www.bex.ch/
http://lesavancons.eerv.ch/
https://www.youtube.com/user/valdom68

Cloches – Ollon (CH-VD) église réformée St Victor

Un grand cru campanaire dans le vignoble chablaisien !

Ollon clocher depuis en bas

La météo de ce 5 septembre 2015 était peut-être capricieuse, les averses passagères n’ont pas réussi à doucher notre enthousiasme lors de cette belle virée dans le Chablais organisée pour l’anniversaire d’un des nôtres. La première étape de cette journée riche en découvertes  fut l’église réformée d’Ollon, ancienne église St Victor, dont l’élégant clocher à lanternon projette son ombre sur le vignoble depuis 1828. L’édifice attenant est beaucoup plus ancien, même si peu d’éléments médiévaux nous sont parvenus. Le choeur, construit en 1496, est orné d’une grande fresque représentant le Christ et les apôtres. Si la Réforme fut proclamée en ces terres en 1528, nombreux furent, pendant deux siècles, les paroissiens qui se rendaient en cachette chez leurs voisins valaisans et savoyards pour écouter les prêches catholiques organisées spécialement à leur intention dans un but de contre-réforme.

C’est en 1900 déjà que les 4 cloches de l’église réformée d’Ollon furent classées monuments historiques. La cloche no2, datée de 1639, ne nous est toutefois pas parvenue, car sans doute fêlée. Ruetschi la refit en 1962, en ayant le bon goût de reproduire certains de ses motifs. La cloche no3, œuvre du Lausannois Jaquet, est la plus ancienne : 1413. Elle est le témoin de l’activité campanaire dont le chef-lieu vaudois fut le théâtre au Moyen-Age et à la Renaissance. La cloche est ornée de plusieurs croix de St Maurice, marque de son commanditaire d’alors. Elle présente des traces récentes d’accordage. La plus grande, coulée en 1639, ne porte pas de signature. Quant à la plus petite cloche, suspendue dans le lanternon, ses nombreux défauts de coulée ne permettent hélas de déchiffrer le nom d’un quelconque fondeur. Coulée en 1704, elle ne donne habituellement de la voix qu’en solo pour appeler à l’école. Les 4 cloches formant un accord majeur parfait sur mi bémol 3, nous avons toutefois jugé intéressant de les faire sonner à l’unisson pour l’enregistrement présenté ici.

-Cloche 1, note mib3 +19/100, coulée en 1639
-Cloche 2, note sol3 +9/100, coulée en 1639, refaite en 1962 par Ruetschi à Aarau
-Cloche 3, dédiée à St Maurice, note sib3 +36/100, coulée en 1413 par Jaquet de Lausanne
-Cloche 4, cloche de l’école, note mib4 +48/100, coulée en 1704.

Octave inf Prime Tierce min Quinte Octave sup
Cl1 mib3 24.64 111.22 38.43 48.65 19.08
Cl2 sol3 -34.02 -34.02 8.00 -47.32 8.73
Cl3 sib3 -219.44 70.42 -38.54 -110.03 35.82
Cl4 mib4 68.47 41.20 40.74 54.12 48.06

La grande cloche

La cloche 2

La cloche 3

La petite cloche

Mes plus vifs remerciements vont tout d’abord à la commune d’Ollon et aux différents responsables et personnes de contact, MM. Dupertuis, Ruffieux et Voisard. Un grand merci également à mes excellents camarades campanaires, sans qui ce reportage n’aurait pas été possible: Antoine « Les cloches savoyardes », carillonneur à St Maurice et à Taninges; Dominique « Valdom68 », responsable technique des clochers de Val-de-Travers; Guilhem Lavignotte, organiste titulaire à Yverdon-les-Bains.

Sources :
Dictionnaire historique de la Suisse (DHS)
Guide artistique de la Suisse, Société d’histoire de l’art en Suisse
Recensement architectural du canton de Vaud
Inventaire réalisé par Matthias Walter, expert-campanologue à Berne
https://fr.wikipedia.org/wiki/Ollon

A consulter :
http://www.ollon.ch/
http://www.chablais.ch/
http://ollonvillars.eerv.ch/
http://cloches74.com/
https://www.youtube.com/user/valdom68

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Cloches – Le Brassus (CH-VD) temple

Le Brassus temple

Photo Giovanni-P, source Wikipedia

Le temple et la paroisse du Brassus naquirent la même année, à savoir en 1837. Jusqu’alors, les fidèles devaient se rendre chaque dimanche au Sentier, distant de cinq bons kilomètres. C’est le développement industriel et démographique qui rendit nécessaire la construction de ce nouveau lieu de culte dans une région où les hivers sont souvent rudes et les routes difficilement praticables. Le temple fut maintes fois transformé depuis son inauguration. On apprend par exemple – dans le livret édité pour les 150 ans de la paroisse – que l’axe de l’édifice fut changé lors de la restauration de 1955.

Le beau clocher surmonté d’une galerie renferme une intéressante sonnerie de 4 cloches. Les 2 plus grandes sont également les plus anciennes, coulées qu’elles furent par François Humbert de Morteau pour la construction du temple. La cloche no3 fut financée par souscription publique et ajoutée en 1987 par Ruetschi d’Aarau pour les 150 ans du temple. L’histoire de la petite cloche est la plus tourmentée. Un article publié en 1963 dans la Feuille d’Avis de la Vallée de Joux nous apprend qu’une cloche, coulée en 1825 pour la nouvelle école du Brassus, financée par un généreux donateur, rejoignit le clocher du temple en 1852. Sans doute endommagée lors de son transport, ladite cloche fêla très vite. Ce n’est qu’en 1902 que les finances permirent de racheter d’occasion une cloche coulée en 1846 par Samuel Treboux de Corsier-s/Vevey. Il est triste de constater que les inscriptions indiquant la provenance de cette petite cloche ont été par la suite impitoyablement  limées, coupant ainsi cette intéressante pièce de bronze de son histoire. On sait seulement qu’elle avait été coulée pour un autre clocher vaudois, l’écusson du canton ayant été préservé sur sa robe, au même titre que sa date de coulée et le cartouche du fondeur. On peut imaginer que cette cloche provient du grand chantier d’harmonisation et d’échange de cloches vaudoises mené par Auguste Thybaud entre la fin du XIXe et le début du XXe siècle. Si le manque d’homogénéité de la sonnerie fut signalé en 1902 déjà, ce n’est que 50 ans plus tard que cette petite cloche fut corrigée pour abaisser sa note d’un demi-ton. L’ensemble fut motorisé en 1963.

-Cloche 1, note ré#3 +44/100, diamètre 120cm, poids 967kg, coulée en 1836 par François Humbert de Morteau
-Cloche 2, note fa#3 +29/100, diamètre 100cm, poids 562kg, coulée en 1836 par François Humbert de Morteau
-Cloche 3, note sol#3 +50/100, diamètre 92cm, poids 460kg, coulée en 1987 par Ruetschi d’Aarau
-Cloche 4, note la#3 +69/100, diamètre 81 cm, poids 300kg, coulée en 1846 par Samuel Treboux à Corsier-s-/Vevey

La3 = 435Hz, déviation en 1/100 de 1/2 ton

Octave inf Prime Tierce min Quinte Octave sup
Cloche 1 ré#2 -43 ré#3 +173 fa#3 +61 la#3 +15 ré#4 +44
Cloche 2 fa#2 -57 fa#3 +155 la3 +43 do#4 -13 fa#4 +29
Cloche 3 sol#2 +23 sol#3 +56 si3 +65 ré#4 -1 sol#4 +50
Cloche 4 la#2 +106 la#3 +88 do#4 +86 fa4 +145 la#4 +69

Les 2 grandes cloches

La cloche 3

La petite cloche

Dans le clocher se trouvent également une horloge mécanique Baer avec remontage automatique des poids et cames pour déclenchement des volées automatiques, ainsi que les anciens battants des cloches

Mes plus vifs remerciements à M. Daniel Trotti, du service d’exploitation des bâtiments de la commune du Chenit, pour son aimable autorisation, ainsi qu’à M. Olivier Lanthemann, concierge, pour son accueil et sa disponibilité. Merci également à mes excellents camarades campanaires Antoine, carillonneur à Taninges; John Brechbühl, membre de la GCCS et Guilhem Lavignotte, organiste à Yverdon-les-Bains, pour leur précieuse collaboration et les bons moments de partage.

Sources
http://www.histoirevalleedejoux.ch

A consulter
http://www.communeduchenit.ch/
http://www.myvalleedejoux.ch/
http://lavallee.eerv.ch/

Cloches – Yverdon-les-Bains (CH-VD) temple Pestalozzi

P1010963

Jadis « Temple National » ou plus simplement « Temple d’Yverdon », le temple Pestalozzi fut rebaptisé ainsi il y a quelques années en hommage célèbre pédagogue et humaniste suisse, qui ouvrit dans la cité thermale une école pour enfants pauvres de 1804 à 1824. L’impressionnante façade néoclassique en pierres jaunes de Neuchâtel arbore sur son fronton les tables de la loi, mais aussi et surtout l’Oeil de Dieu, motif qu’on retrouve sur d’autres édifices réformés contemporains de Suisse, à savoir le temple de Morges, l’église St Laurent de Lausanne, ou encore l’église du Christ-Roi de Berne. Construit entre 1753 et 1757 sur les plans de l’architecte genevois Jean-Michel Billion, le temple Pestalozzi remplace une ancienne église médiévale dont subsiste le clocher ainsi que les magnifiques stalles gothiques. Remarquable est également l’orgue Potier, construit en 1766, dont certains jeux d’origine ont été conservés.

Dans la Revue Historique Vaudoise no68, éditée en 1960, Georges Kasser s’est fendu d’une étude relativement complète de la sonnerie du temple Pestalozzi . On y apprend tout d’abord que l’imposant clocher – mentionné dès le XIVe siècle – remplissait également au Moyen-Age le rôle d’ouvrage défensif. Le couronnement actuel (chambre du guetteur, cadrans à pignons, flèche en tuf) date de 1609. Les 6 cloches, toutes antérieures au temple du XVIIIe siècle, forment un des ensembles campanaires historiques les plus remarquables de Suisse. La plus grande, œuvre des Soleurois Urs Scherer et Gabriel Murer, ne fut pas coulée sur place, mais amenée par barque depuis Soleure en 1646. Les 5 autres cloches, toutes fondues au XVe siècle, ont été réalisées par différents fondeurs. Guillaume Chaufourne, d’Orbe (et non Guillaume Fribor, comme supposé par Kasser) fondit les cloches 3 et 4 en 1422 (merci à Matthias Walter, expert-campanologue à Berne). Nicod Buaron, de St Prex, et Jean Olivey, originaire de Bavois, coulèrent la cloche 2 en 1463. Les registres communaux de 1491 ayant malheureusement été égarés, le doute plane sur la provenance des 2 plus petites cloches datées de cette fameuse année, et vraisemblablement réalisées par le même fondeur. Détail intéressant: la cloche no6 semble avoir sonné à l’origine dans le clocheton de l’ancien hôpital. Les cloches nos 1-2-4-5 sont situées dans la tour, les nos 3 et 6 sont accrochées dans la flèche. Il y a fort à parier que ces deux dernières cloches, aux vues de leur situation et de leurs notes musicales, remplissaient jadis uniquement le rôle de cloches civiles (tintement et tocsin) avant l’électrification de la sonnerie.

-Cloche 1, « Cloche du Feu » (sonne quotidiennement à midi), note ré3 +39/100, diamètre 144cm, poids environ 1’660kg, coulée en 1646 par Urs Scherer et Gabriel Murer à Soleure
-Cloche 2, « Cloche du Conseil » (sonne aujourd’hui encore pour les élections), note fa3 +41/100, diamètre 118cm,  poids 920kg, coulée en 1463 par Nicod Buaron de St Prex, et Jean Olivey de Bavois
-Cloche 3, note sol3 +104/100, diamètre 98cm, poids environ 490kg, coulée en 1422 par Guillaume Chaufourne d’Orbe.
-Cloche 4, « La Pleureuse » (ancien glas, aujourd’hui cloche du couvre-feu), note la3 +39/100, diamètre 92cm, poids environ 420kg, coulée en 1422 par Guillaume Chaufourne d’Orbe.
-Cloche 5, note do4 +74/100, diamètre 76cm, poids environ 266kg, coulée en 1491
-Cloche 6, note ré4 +25/100, diamètre 68cm, coulée en 1491

La3 = 435Hz, déviation en 1/100 de 1/2 ton

Octave inf. Prime Tierce min. Quinte Octave sup.
Cloche 1 ré2 -75 ré3 -57 fa3 -16 la3 -77 ré4 +39
Cloche 2 fa2 +72 fa3 -47 lab3 +43 do4 +87 fa4 +41
Cloche 3 sol2 +46 sol3 +81 sib3 +103 ré4 -29 sol4 +104
Cloche 4 la2 +12 la3 -86 do4 +16 mi4 -18 la4 +39
Cloche 5 do3 -38 do4 -188 mib4 +19 sol4 -140 do5 +74
Cloche 6 ré3 -75 ré4 -201 fa4 -37 la4 -150 ré5 +25

La grande cloche

La cloche 2

La cloche 3

La cloche 4

La cloche 5

La petite cloche

Mes plus vifs remerciements à M. Guilhem Lavignotte, organiste titulaire, pour l’accès au clocher. Merci également à mes excellents camarades campanaires Antoine, carillonneur à Taninges, et John Brechbühl, membre de la GCCS, pour leur indispensable collaboration et les sympathiques échanges. C’est avec plaisir et émotion qu’il m’a été donné et de revoir et réentendre les cloches qui ont bercé toute mon enfance, celles de ma ville natale.

Sources:
« Les cloches de l’église paroissiale d’Yverdon », par Georges Kasser, article paru dans le numéro 68 de la Revue Historique vaudoise (1960)
« Le patrimoine campanaire fribourgeois », éditions Pro Fribourg, 2012
http://www3.orgues-et-vitraux.ch/default.asp/2-0-1944-11-6-1/
https://fr.wikipedia.org/wiki/Temple_d%27Yverdon-les-Bains
https://fr.wikipedia.org/wiki/Johann_Heinrich_Pestalozzi

A consulter:
http://www.yverdon-les-bains.ch/
http://www.yverdonlesbainsregion.ch/
http://yverdontemple.eerv.ch/

Cloches – Daillens (CH-VD) temple

Daillens temple ext

Source : http://penthalaz.eerv.ch/cultes/

Les premières mentions de l’église de Daillens remontent à la fin du XIIe siècle. Le clocher – probablement une ancienne tour de défense – date du siècle suivant. Suite à l’invasion bernoise et à l’introduction de la Réforme en terre vaudoise, la nef médiévale est élargie et l’ancien chœur abandonné. L’église subit à nouveau plusieurs modifications au fil des ans : pose d’une horloge en 1818, création d’un local pour les pompiers en 1874, pose de vitraux en 1893 , création de peintures décoratives par Ernest Correvon de 1923 à 1925, puis restauration complète entre 1967 et 1968. Au début des années 2000, suite à un problème d’humidité, est mis au jour un important décor peint dans le chœur sous le clocher. Ces fresques, qui remontent au début du XIVe siècle, ont été préservées du temps par la couche de chaux appliquée à la Réforme pour les dissimuler. En janvier 2015, enfin, 3 tombes datant de la fin du XVIIe siècle, sont découvertes dans le chœur, lors de travaux de rénovation.

« A Daillens, les cloches ne sont pas celles qu’on croit ». Ainsi titrait, le 22 octobre 1994, le journal vaudois « 24 heures ». On pouvait lire à l’époque la stupeur et le dégoût des habitants du village suite à un soi-disant acte délibéré de vandalisme sur 2 des 3 cloches. Des vilaines rumeurs avaient même insinué la culpabilité de certains habitants, empoisonnant ainsi la vie de la communauté. Ce n’est que tout récemment, lors de l’attribution de la rénovation de la sonnerie à la maison Mécatal, que fut découvert le pot aux roses : la plus grande cloche, victime d’un moteur mal réglé, est simplement venue heurter sa voisine du dessus, causant ainsi de sévères dommages aux 2 pièces maîtresses de la sonnerie. La présence dans le clocher de nombreux débris ornés de différentes couches de patine atteste même du fait que les 2 dames de bronze sont entrées en collision plus d’une fois ! Bilan : de nombreuses ébréchures sur la pince des 2 grandes cloches, et même une fêlure dans la robe de la plus grande. Le savoir-faire de Jean-Paul Schorderet n’est pas seulement venu à bout d’une vilaine rumeur villageoise persistante : le campaniste fribourgeois a également redonné vie – et de fort belle manière – aux 3 cloches si chères au poète vaudois Jean Villard-Gilles dans son lieu d’origine.

La sonnerie du temple de Daillens se compose donc de 3 cloches de différentes époques. La plus petite, ornée d’inscriptions gothiques, mentionne la date de 1497. La cloche moyenne, coulée en 1826, porte la signature du Morgien Jean-Louis Golay. La plus grande, enfin, fut ajoutée en 1980 par la maison argovienne Ruetschi. Ces 3 voix à l’unisson égrènent un motif « te deum » un peu faussé, mais charmant, dont la légèreté de ton contraste avec l’aspect massif du vénérable clocher.

-Cloche 1, note si3 -19/100, diamètre 83cm, poids 338kg, coulée en 1980 par Ruetschi d’Aarau
-Cloche 2, note ré4 -50/100, diamètre 71cm, poids 229kg, coulée en 1826 par Jean-Louis Golay de Morges
-Cloche 3, note mi4 +11/100, diamètre 67cm, poids environ 190kg, coulée en 1494

La3 = 435Hz, déviation en 1/100 de 1/2 ton

Octave inf Prime Tierce min Quinte Octave sup
Cloche 1 si2 -22 si3 -8 ré 4 +7 fa#4 -1 si4 -19
Cloche 2 ré3 -20 ré4 -142 fa4 -60 la4 +78 ré5 -50
Cloche 3 mi3 +11 mi4 -226 sol4 -23 si4 -66 mi5 +11

La grande cloche

La cloche 2

La petite cloche

Mes plus vifs remerciements à M. Jean-Paul Schorderet, campaniste, directeur de la maison Mécatal, de m’avoir convié aux différentes étapes de la réparation des cloches et à leur remise en service.

Daillens JPS

Le campaniste Jean-Paul Schorderet et les 3 cloches de Daillens prêtes à reprendre du service (photo Vanessa Cardoso, journal « 24 heures » du 11 juillet 2015)

Sources :
http://www.24heures.ch/vaud-regions/lausanne-region/vingt-ans-cloches-vandalisees/story/11305848
https://fr.wikipedia.org/wiki/Temple_de_Daillens

A consulter :
http://www.mecatal.ch/
http://www.daillens.ch/
http://penthalaz.eerv.ch/

Cloches – Vallorbe (CH-VD) temple

Temple Vallorbe archives

Le temple de Vallorbe entre 1915 et 1938, Bibliothèque Nationale Suisse

29 mètres de longueur sur 16 mètres de largueur… le temple de Vallorbe fait partie des grands temples de campagne vaudois. L’ancienne église, dédiée à St Pancrace, citée en 1139 déjà, faisait partie d’un prieuré clunisien appartenant à la puissante abbatiale de Romainmôtier, distante d’une dizaine de kilomètres. Affectée au culte protestant dès la Réforme en 1536, l’église, se délabrant peu à peu, fut reconstruite de 1711 à 1712 sur les plans de Jean-Gaspard Martin, architecte bernois établi à Yverdon, à qui ont doit également le temple du village voisin de Ballaigues, édifié simultanément. Ce sont Leurs Excellences de Berne qui ont assuré une bonne partie du financement. Construit plus près du centre de la localité, ce nouveau temple au chevet à 5 pans se dresse à l’emplacement de l’ancienne tour de l’horloge communale, reconstruite en clocher-porche. Si la silhouette extérieure de l’édifice n’a guère évolué depuis le XVIIIe siècle, l’intérieur fut profondément remanié au fil des siècles, notamment en 1937.

Si riche soit la documentation au sujet du temple et de son histoire, l’élaboration de la sonnerie n’occupe – elle – qu’un petit paragraphe du remarquable rapport rédigé par Catherine Schmutz-Nicod, historienne des monuments. On y apprend toutefois que la seule cloche historique encore existante date de 1666. Dans le Conteur Vaudois du 24 septembre 1927, F-Raoul Campiche écrit que cette cloche, richement décorée, est l’œuvre de Jean-Baptiste Livremont de Pontarlier. Sa note (do4) ne s’harmonisant pas avec les 3 autres cloches (accord majeur de ré), il fut décidé en 1915 de placer cette petite cloche dans le clocheton du nouveau collège, tout juste inauguré. La sonnerie actuelle du temple est composée de 3 cloches du XIXe siècle. La plus grande porte le sceau de Borle-Borel. Cette famille de fondeurs neuchâtelois a œuvré durant la première moitié du XIXe siècle de part et d’autre de l’actuelle frontière franco-suisse. Si la plupart de leurs cloches ont été coulées à Couvet (c’est le cas de la grande cloche de Vallorbe) certaines – comme la cloche de l’Hôtel de Ville de Boudry – furent élaborées à Pontarlier. Les 2 plus petites cloches du temple de Vallorbe sont signées Gustave Treboux de Vevey. La sonnerie porte des traces d’accordage. L’emplacement de la petite cloche en bout de travée s’explique par le fait que la cloche historique de 1666 sonnait jadis face à elle. Les archives font mention de 2 horloges mécaniques successives, la première réalisée par Jean-Pierre Brocard de Vallorbe en 1719, la seconde construite par Prost de Morez et installée par Jaquet et Maillefer de Vallorbe en 1888. Ces mouvements ont aujourd’hui disparu du clocher, l’heure est actuellement gérée par une horloge-mère BTE6 de Bodet et tintée au moyen d’électro-marteaux. Les cloches 2 et 3 possèdent encore leurs moutons en chêne d’origine, alors que la grande cloche est accrochée à un joug en acier.

– Cloche 1, « Conseillère », note ré3 +17/100, coulée en 1830 par Borle-Borel à Couvet
– Cloche 2, note fa#3 -16/100, coulée en 1876 par Gustave Treboux Vevey
– Cloche 3, note la3 +14/100, coulée en 1876 par Gustave Treboux Vevey

Analyse (la3 = 435Hz, déviation en 1/100 de 1/2 ton)

Octave inf Prime Tierce min Quinte Octave sup
Cloche 1 ré2 -100/100 ré3 -81/100 fa3 +9/100 la3 +16/100 ré4 +16/100
Cloche 2 fa#2 +48/100 fa#3 +75/100 la3 +12/100 do#4 +-0/100 fa#4 -156/100
Cloche 3 la2 +967/100 la3 +74/100 do4 +39/100 mi4 +148/100 la4 +14/100

Remerciements à l’équipe pastorale présente lors de ma visite pour l’autorisation d’accès au clocher à l’occasion de la sonnerie dominicale. Amitiés à mon camarade campanaire John Brechbühl, membre de la GCCS, pour la prise de son extérieure.

Sources :
Le temple de  Vallorbe – 300 ans d’histoire architecturale, rapport rédigé parCatherine Schmutz-Nicod, avec la collaboration de Tamara Robbiani.
Le Conteur vaudois, édition du 27 septembre 1927
Histoire de la pendulerie neuchâteloise, par Alfred Chapuis, éditions Paris et Neuchâtel, 1917

A consulter :
http://www.vallorbe.ch/
http://vallorbe.eerv.ch/
www.swissisland.ch/