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Cloches – Ursy (CH-FR) église Saint-Maurice

Quatre cloches en do#3… pas si étroit, le clocher !

Le canton de Fribourg compte de nombreuses églises néogothiques aux dimensions imposantes. Il recense aussi un certain nombre de sonneries à l’accord insolite. Voici l’église Saint-Maurice d’Ursy, grand vaisseau de molasse dont le mince clocher héberge quatre cloches au motif particulier.

Saint-Maurice et Saint-Martin – L’église Saint-Maurice d’Ursy fut consacrée le 12 octobre 1869 par Mgr Etienne Marilley, évêque de Lausanne et Genève. Elle remplaça, comme église paroissiale, celle de Morlens, autrefois dépendante de l’Abbaye de Saint-Maurice. La nouvelle église reçut le même vocable et on y transféra les reliques du martyr thébain. On reprit le plan à peine modifié de l’église néogothique de Saint-Martin, non loin de Châtel-Saint-Denis. Plusieurs fois restaurée, en particulier en 1933 et 1979, l’église d’Ursy possède un riche mobilier religieux: le maître-autel en marbre de Carrare, œuvre de Pierre-Alexandre Christinaz, artisan marbrier de Fribourg, de même qu’un ensemble de 19 vitraux dessinés entre 1980 et 1983 par le fribourgeois Charles Cottet (1924-1987). Le vitrail de Saint-Maurice, au centre de l’abside, domine l’autel. Installé en 1999, l’orgue fut construit par la manufacture Jean-Daniel Ayer de Vauderens. C’est le premier orgue au monde à traction numérique, fonctionnant selon le système Org-Syncordia (source http://www.abbaye1500.ch/index.php/le-jubile/lieux-dedies/lieux-dedies-suisse/eglise-saint-maurice-ursy-ursy)

Do ou ré bémol – Le clocher, d’apparence plutôt étroite, est plus spacieux qu’il n’y paraît, puisqu’il parvient à contenir un ensemble de quatre cloches en do#3. Les 3 plus petites ont été coulées en 1868 par François-Joseph Bournez de Morteau, quelques années avant que le fondeur comtois n’ouvre sa succursale à Estavayer-le-Lac. La grande cloche porte la date de 1902 et la signature de Charles Arnoux. Originaire lui aussi de Morteau, Arnoux fut – rappelons-le – le contremaître de Bournez avant de reprendre à son compte l’atelier staviacois. Une entreprise florissante qui perdura jusqu’à la mort de son patron en 1925. On peut s’étonner de la note égrenée par la grande cloche. Bournez avait-il coulé une première grande cloche en 1868, endommagée par la suite ? Cette cloche ne chantait-elle pas plutôt le do ? Arnoux a-t-il été simplement chargé de (re)faire une cloche d’un certain gabarit ? Mystère !

-Cloche 1, « Maurice Marie Joseph », note réb3 -16/100, coulée en 1902 par Charles Arnoux à Estavayer-le-Lac
-Cloche 2, « Marie », note mib3 +27/100, coulée en 1868 par François-Joseph Bournez cadet de Morteau
-Cloche 3, note sol3 +15/100, coulée en 1868 par François-Joseph Bournez cadet de Morteau
-Cloche 4, note do4 -6/100, coulée en 1868 par François-Joseph Bournez cadet de Morteau

Un immense merci à M. Jean-Paul Schorderet, directeur de la maison Mécatal à Broc, de m’avoir convié à la remise en service de la sonnerie d’Ursy après d’importants travaux (nouveaux jougs, battants, paliers, motorisation). Une visite de clocher avec son campaniste est toujours source de riches enseignements pour un passionné. Merci également à la paroisse d’Ursy.

A consulter
http://www.upierroches.ch/
http://www.ursy.ch/

Cloches – Neyruz (CH-FR) église de l’Assomption

Rustique mais charmante, cette sonnerie fribourgeoise de quatre cloches !

Alors que leurs concurrents étaient capables de réaliser des cloches avec une grande justesse de ton et avec des décors finement ciselés, les derniers fondeurs fribourgeois étaient à la peine !

De la chapelle à l’église – Le premier lieu de culte à Neyruz fut une chapelle édifiée en 1432. La petite cloche gothique déposée devant de la cure en est la relique. Agrandie au début du XVIIIe siècle, cette chapelle fut remplacée par une église quand Neyruz obtint le droit de se séparer de Matran et de s’ériger en paroisse. Les travaux de terrassement de l’église débutèrent en 1845 et le chantier s’acheva trois ans plus tard. Ce n’est toutefois que le 20 septembre 1857 que le sanctuaire fut consacré. Coût des travaux : 53’000 francs de l’époque, dont 8’327 pour les cloches, nous apprend Deillon dans son Dictionnaire des paroisses du canton. Pour l’anecdote, en 1880, un ouragan souffla la flèche du clocher et causa des dégâts considérables.

Une sonnerie rustique mais charmante – La sonnerie se compose de quatre cloches. Trois sont l’oeuvre de Louis-Alexis Roelly de Fribourg en 1848, alors que la plus récente fut coulée par Ruetschi d’Aarau en 1959. Cette dernière remplace très certainement une cloche de 1848 fêlée ou brisée : Deillon mentionne en effet clairement que quatre cloches furent coulées par le fondeur fribourgeois. Les jougs en chêne ont laissé la place à des montures en acier de la maison Bochud, qui motorisa la sonnerie. A noter que la cloche la plus récente ne possède pas le même type de joug. La sonnerie n’est équipée que pour la volée, il n’y a ni mécanisme de tintement horaire, ni cadran. La présence d’un clavier de type « manche de brouette », désaffecté, nous apprend que jadis, les cloches pouvaient être carillonnées pour les fêtes. La cloche de l’ancienne chapelle, aujourd’hui déposée, est attribuée à Hensli Follare de Fribourg. Non datée, mais de belle facture, elle aurait été coulée durant la seconde moitié du XVe siècle. Les cloches de 1848, elles, présentent de nombreux défauts de coulée. Leur justesse de ton est également plus qu’approximative. Si l’aspect rustique de cette sonnerie nous apparaît aujourd’hui comme tout à fait charmant, on comprend mieux pourquoi les dernières générations de fondeurs fribourgeois eurent beaucoup de mal à lutter contre la concurrence des artisans de régions voisines.

-Cloche 1, note mi3 -50/100, coulée en 1848 par Louis-Alexis Roelly de Fribourg
-Cloche 2, note fa#3 -18/100, coulée en 1848 par Louis-Alexis Roelly de Fribourg
-Cloche 3, note la3 +6/100, coulée en 1959 par Rueschi d’Aarau
-Cloche 4, note si3 -59/100, coulée en 1848 par Louis-Alexis Roelly de Fribourg
[Cloche déposée, note si4 +11/100, coulée durant la seconde moitié du XVe siècle par Hensli Follare de Fribourg]

Mes plus vifs remerciements à la paroisse de Neyruz, et tout spécialement à M. Maurice Vionnet, responsable des bâtiments. Amitiés à mes camarades campanaires du jour : Anthony, Dominique, Guilhem, John et Stefan.

Sources :
Dictionnaire historique et statistique des paroisses catholiques du canton de Fribourg volume 9, par le Père Apollinaire Deillon, imprimerie Saint-Paul, 1896
Le patrimoine campanaire fribourgeois, éditions Pro Fribourg, 2012.

Cloches – Lutry (VD) temple

La sonnerie historique et insolite d’une pittoresque bourgade viticole vaudoise

Rarement il m’a été donné d’observer sonnerie plus insolite et plus charmante que celle de Lutry ! A commencer par la disposition peu commune des cloches (2 en façade, 2 à l’intérieur). Les deux plus petites cloches donnent la même note au coup. Très particulière est également la sonorité de la grande cloche, dont il manque un important morceau. Si on y ajoute l’âge canonique de ces nobles dames de bronze (XIVe-XVIe siècle), on peut sans hésitation affirmer que nous sommes ici en présence d’une des sonneries les plus rares et les plus précieuses de Suisse romande.

Lutry hébergea dès le XIe siècle et jusqu’à la Réforme, un des plus importants prieurés du canton. Le terrible incendie de 1344 obligea à la construction d’une nouvelle église, non plus de style roman, mais gothique. Cinq chapelles furent ajoutées à sa nef. Quelques traces de l’église romane primitives restent visibles dans l’architecture actuelle, comme la porte sous la galerie des orgues, la voûte du porche d’entrée, les étages inférieurs de la tour carrée et deux colonnes encastrées au nord de l’abside. Le chœur, propriété du cloître, avait pour patron Saint-Martin. La nef, à disposition de la paroisse, était consacrée à Saint-Clément. Suite à la Réforme, l’année 1569 vit les Bernois procéder à la démolition des anciennes chapelles et élever l’actuel clocher. Y fut placé une grosse cloche en complément des petites déjà existantes, dont deux cloches accrochées dans le Clocher des Moines. Ce dernier, situé au sud du sanctuaire, fut démoli en 1820. Les cloches furent alors montées dans le clocher actuel, où – faute de place – elles furent accrochées aux baies orientales. Les façades de l’église, entièrement décrépies au début du XXe siècle, ont bénéficié d’une restauration de 1986 à 1988. Le recrépissage et le rétablissement des décors peints (encadrements et chaînes d’angles) lui ont rendu son apparence du XVIIIe siècle. Dignes d’observation à l’intérieur : les voûtes gothiques et leurs magnifiques peintures du XVIe siècle, œuvres du peintre flamand Umbert Mareschet ; l’orgue Zimmer daté de 1791 restauré en 1975 par la manufacture Fuglister ; le stalles et la chaire. A l’extérieur, on note – au-dessus du portail – une grande fenêtre flanquée de deux petits singes de style Renaissance. Ces animaux ont probablement été taillés par le maître principal de la reconstruction de l’église, Uli II Bodmer, qui faisait partie entre 1556 et 1562 de l’importante corporation bernoise des métiers de la pierre Zum Affen (littéralement au singe). Voilà pourquoi au XVIe siècle, le singe est devenu l’animal emblème de la ville.

La grande cloche est datée de 1552. Elle est l’œuvre conjointe du fribourgeois Jakob Burdi et d’Amey Thiot d’Evian. On raconte qu’un sonneur un peu trop vigoureux l’a fait voler trop haut le soir de la St Sylvestre 1865, faisant éclater un morceau de la pince. Cela explique sa sonorité si particulière. La pièce de bronze manquante a été conservée, elle est exposée au musée local. Espérons qu’une réparation sera un jour envisagée. Guillaume Fribor-dit-Mercier, fondeur vraisemblablement originaire de la Tarentaise et établi à Genève, réalisa la cloche 2 en 1459. Les riches motifs d’inspiration allemande de cette belle cloche antérieure à la Réforme, contrastent avec la sobriété de la grande cloche, coulée sous domination bernoise. Accrochées à l’origine dans le Clocher des Moines, démoli en 1820, les cloches 3 (1ère moitié XVe) et 4 (1510) ont la particularité de donner la même note au coup. Elles se balancent côte à côte dans les baies orientales du clocher.

-Cloche 1, note do#3 -13/100, diamètre 155cm, poids environ 2’400kg, coulée en 1552 par Jakob Burdi de Fribourg et Amey Tyot d’Evian
-Cloche 2, note la3 -16/100, diamètre 112cm, poids environ 950kg, coulée en 1459 par Guillaume Fribor-dit-Mercier établi à Genève.
-Cloche 3, note do#4 -37/100, diamètre 81cm, poids environ 340kg, coulée vraisemblablement durant la 1e moitié du XVe siècle.
-Cloche 4, note do#4 -40/100, diamètre 71cm, poids environ 220kg, coulée en 1510.

Remerciements à la Municipalité de Lutry et à M. Eric Ceppi, administrateur des bâtiments. Merci surtout à M. Robert Cornuz, ancien huissier, et aujourd’hui responsable des cloches et de l’horloge du temple de Lutry, pour sa gentillesse et sa disponibilité. Un tout grand merci à Antoine, carillonneur à Saint-Maurice et à Taninges, pour son indispensable collaboration.

Sources :
Les cloches de l’église de Lutry, par Georges Kasser, extrait de la revue historique vaudoise, Vol.70 (1962)
http://www.hls-dhs-dss.ch/textes/f/F18366.php
https://www.lutry.ch/vivre-a-lutry/espaces-publics-et-infrastructures/patrimoine-historique/temple-de-lutry/
http://orgues-et-vitraux.ch/default.asp/2-0-1956-11-6-1/

Cloches – Savigny (CH-VD) église réformée

Quatre cloches en fa3 pour une des rares sonneries en fenêtre du canton de Vaud

Paroisse catholique jusqu’à la réforme, Savigny possède une ravissante petite église idéalement située sur les hauteurs, et dont la sonnerie se compose de quatre cloches en fenêtre

Les premières mentions de la paroisse de Savigny remontent à 1228. En témoignent le défrichement du hameau central où se dresse aujourd’hui encore l’église, devenue réformée au  XVIe siècle. Ce lieu de culte était jusque là desservi par des religieux du tiers ordre de Saint-François, alors qu’était également mentionné sur place un petit couvent de franciscains. Menacé de destruction par les habitants en 1536, le couvent vit sa cloche dépendue et mise à l’abri à Lutry, à quelques kilomètres de là.

L’église actuelle date de 1554. Elle se dresse au même emplacement qu’un ancien édifice en bois détruit par le feu en 1538. Savigny possédait autrefois deux cloches : la plus grande, pesant 880 kg et donnant le fa, fut installée en 1659 dans ce qui était alors un simple clocher-mur. En 1820, quand fut réalisé le clocher que nous connaissons aujourd’hui, y prit place une petite cloche supplémentaire. Ces deux cloches prirent le chemin d’Aarau au XXe siècle. Ruetschi les refondit pour en faire la sonnerie actuelle de quatre cloches en fenêtre, une configuration rare dans cette région.

-Cloche 1, note fa3, poids environ 720kg, coulée par Ruetschi d’Aarau en 1955
-Cloche 2, note lab3, poids environ 410kg, coulée par Ruetschi d’Aarau en 1955
-Cloche 3, note sib3, poids environ 290kg, coulée par Ruetschi d’Aarau en 1955
-Cloche 4, note do4, poids environ 210kg, coulée par Ruetschi d’Aarau en 1955

Sources :
Dictionnaire historique, géographique et statistique du Canton de Vaud (1867)
https://fr.wikipedia.org/wiki/Savigny_(Vaud)

Cloches – Aigle (CH-VD) église réformée du cloître

Cette intéressante sonnerie à la ligne nominale chancelante possède une cloche gothique de 1430 remarquablement ornée

Anciennement église Saint-Maurice, l’église du cloître d’Aigle est aujourd’hui le lieu de culte des protestants francophones de la ville. Son clocher typique de la vallée du Rhône héberge quatre cloches de différentes époques : gothique, baroque et moderne

L’église au milieu du village – Si le centre urbain d’Aigle se trouve actuellement dans le quartier du Bourg, non loin de la gare, c’est dans le quartier décentré du Cloître que se dresse l’église réformée. L’explication est à chercher dans les méandres de l’histoire : L’ancienne église Saint-Maurice desservait à l’origine un important prieuré établi à l’écart de la ville. On trouve par contre dans le centre-ville l’actuelle église catholique, dédiée à Saint-Maurice et à Saint-Nicolas-de-Flue, de même que l’église Saint-Jacques, aujourd’hui église réformée allemande, où le réformateur Guillaume Farel prêcha pour la première fois en 1526. Il faut savoir qu’Aigle fut la première terre francophone à faire partie de l’ancienne Confédération suisse et à devenir officiellement protestante sous le joug des Bernois. Le prieuré d’Aigle a peut-être été fondé par les moines de Saint-Maurice, mais le couvent de Saint-Martin d’Ainay en a également réclamé la propriété aux XIIe et XIIIe siècles. Il fut supprimé en 1528. L’église du cloître, d’abord de style roman (XIIe siècle), fut reconstruite avec de belles voûtes gothiques au XVe siècle. Des fouilles archéologiques menées en 1899 ont mis au jour une ancienne nef rectangulaire et une abside semi-circulaire. Le clocher, caractéristique de la région avec sa flèche de pierre, semble dater de la fin du XVe siècle. Notons encore les stalles du XVIe et du XVIIIe siècles, la chaire de 1901, les vitraux de la Belle-Epoque et l’orgue Metzler de 1945 réinstallé à Aigle en 1963.

Une cloche gothique richement ornée – La pièce maîtresse de la sonnerie est une magnifique cloche gothique datée de 1430. Dans son article intitulé « De l’importance du patrimoine campanaire : étude de trois motifs iconographiques ornant les cloches médiévales » publié en 2007, la campanologue vaudoise Fabienne Hoffmann l’attribue à Fribor de Genève (ndlr : Jean, père de Guillaume Fribor-dit-Mercier). Les riches ornements représentent – entre autres – la Vierge à l’Enfant, le Christ de Pitié, le Christ en Croix, Saint-Pierre, Saint-Martin et Saint-Louis. Une cloche baroque, malheureusement inaccessible, arbore la date de 1689. Ses traces d’alésage indiquent qu’elle a été accordée, vraisemblablement en 1926, date de fonte de deux nouvelles cloches par Ruetschi d’Aarau. Selon ses inscriptions, la grande cloche remplacerait une pièce gothique utilisée de 1435 à 1908. Les archives de la maison Ruetschi indiquent que la sonnerie égrène les notes mi fa# la si, sans doute le motif recherché, mais qui ne correspond de loin pas au résultat obtenu. Le vénérable beffroi arbore la date de 1606 et les intiales P.O et I.B. Le clocher contient également une horloge mécanique Léon Crot de Granges-Marnand, toujours partiellement en service.

-Cloche 1, note mi3 -21/100, coulée en 1926 par Ruetschi d’Aarau
-Cloche 2, note fa3 – 42/100, coulée en 1430, attribuée à Jean Fribor de Genève
-Cloche 3, note la3 -34/100, coulée en 1926 par Ruetschi d’Aarau
-Cloche 4, note si3 -57/100, coulée en 1689, non signée

Déposée dans la cour du château voisin se trouve une cloche déposée (car fêlée) coulée en 1779 par Gaspard Deonna de Genève

Mes plus vifs remerciements à M. le Pasteur et à l’aimable sacristine pour leur charmant accueil lors de ma visite improvisée du 4 septembre 2016 à l’occasion du culte dominical.

Sources (autres que déjà mentionnées)
http://www.hls-dhs-dss.ch/textes/f/F18549.php
http://www.123chablais.com/
http://www3.orgues-et-vitraux.ch/default.asp/2-0-1882-11-6-1/
http://aigle.old.eerv.ch/2008/11/06/eglise-st-jacques/
https://fr.wikipedia.org/wiki/Aigle_(Vaud)
https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89glise_Saint-Maurice_d’Aigle

Cloches – Vendôme (F-41) église de la Madeleine

Une sonnerie en rétro-équilibré en pleine région Centre-Val de Loire

Muette durant quelques années, cette belle sonnerie a subi deux restaurations successives. La première lui a permis de retrouver sa voix, alors que la dernière en date a fait passer les trois cloches du lancer franc au mode rétro-équilibré pour des raisons de statique

C’est le 2 juin 1474 que Jean VIII, comte de Vendôme, fonde l’église Sainte-Marie-Madeleine avec le soutien des habitants et notamment des confréries de vignerons et jardiniers. Quelques années plus tard naît la paroisse de la Madeleine. Le XVe siècle voit la création d’un collatéral au Nord. S’ensuit, au XVIe siècle, la construction d’une sacristie et l’aménagement de quatre chapelles au Sud. D’importantes transformations sont menées au XIX siècle : nouvelles statues (dont celle de Saint Fiacre, patron des jardiniers), un décor peint et un ensemble de vitraux des ateliers Lobin de Tours. La chute de gravats en 1995 oblige la Ville de Vendôme à mettre en place une collerette de protection sous le clocher et à suspendre les sonneries à la volée. Celles-ci ne reprendront qu’en 2009 après restauration.

Le clocher de l’église de la Madeleine, haut de 65 mètres, héberge trois cloches réalisées par deux lignées de fondeurs et issues de trois coulées différentes. La plus petite est aussi la plus ancienne, elle fut coulée en 1814 par Nicolas Peigney et fils. Œuvre des mêmes fondeurs lorrains, la cloche no2 porte la date de 1826. La plus grande, enfin, sortit des ateliers de Bollée à Orléans en 1896. Voir ici la présentation complète de la sonnerie (source http://paroisse.trinite-madeleine.com/ consulté le 11 novembre 2016). Les cloches ont subi deux restaurations successives : la première, menée par Bodet en 2009, a permis à la sonnerie de se balancer à nouveau après 14 ans d’immobilité. La seconde transformation, menée il y a peu, a vu les cloches passer du lancer franc au mode rétro-équilibré pour des raisons de statiques. Vous pouvez visionner ici une vidéo réalisée par la paroisse en 2009 à l’occasion de la remise en service de la sonnerie, alors encore en lancer franc.

– Cloche 1, « Renée-Emilie », note ré bémol 3 -8/100, diamètre 155cm, poids 1’448kg, coulée en 1896 par Bollée d’Orléans
– Cloche 2, « Honorine-Raymonde-Sauzine », note mi bémol 3 +27/100, diamètre 120cm, poids 1’014kg, coulée en 1826 par Nicolas Peigney et fils (François)
– Cloche 3, « Renée-Emilie », note fa3 -16/100, diamètre 108cm, poids 737kg, coulée en 1814 par Nicolas Peigney

J’adresse mes plus vifs remerciements au Père François Brossier pour son aimable autorisation et son chaleureux accueil. Merci également à Dominique « Valdom68″, responsable technique des clochers de Val-de-Travers (CH-NE), pour sa précieuse collaboration.

Sources :
http://paroisse.trinite-madeleine.com/
https://fr.geneawiki.com/index.php/88123_-_Damblain_-_Fondeurs_de_cloches_damblinois
« Enquêtes campanaires. Notes, études et documents sur les cloches et les fondeurs de cloches du VIIIe au XXe siècle » de Joseph Berthelé, bibliothèque de l’école des chartes

Cloches – Monthey (CH-VS) église Notre-Dame de l’Immaculée-Conception

Le clocher de l’église paroissiale de Monthey renferme l’une des plus imposantes sonneries valaisannes 

A un jet de pierre de la vénérable abbaye de Saint-Maurice, l’église Notre-Dame de l’Immaculée-Conception de Monthey dispose elle aussi d’une imposante sonnerie : sept cloches en do3 coulées par Ruetschi d’Aarau en 1895

Une église néoclassique sarde flanquée d’un clocher plus ancien – Une première église paroissiale fut édifiée à ce même endroit en 1707. Elle était alors entourée de son cimetière. En mauvais état et devenue trop petite, elle fut démolie vers 1850. L’élégant clocher a heureusement été conservé. L’église actuelle a été consacrée en 1855, sous le vocable de Notre-Dame de l’Immaculée-Conception, dont le dogme avait été proclamé par Pie IX en 1854. C’est Emile Vuilloud, architecte à Monthey, qui a dessiné les plans de cet édifice de type basilical à croisée, dont l’ensemble s’inscrit dans un rectangle. Nous sommes en présence d’une église de style néoclassique sarde, un courant très prisé en Valais et en Savoie avant l’apparition de styles néo-médiévaux tels que le néogothique et le néoroman. L’aspect austère de l’extérieur tranche avec la richesse intérieure : colonnes en faux marbre, chapiteaux corinthiens, décor peint, voûtes à caissons ainsi 5 coupoles en trompe-l’oeil. On y admire également un riche mobilier liturgique, tels que le maître autel en marbre blanc, noir et rouge de Gustave Doret et le tabernacle couronné d’un tempietto. A noter que les élégants fonts baptismaux, de style baroque primitif, proviennent de la première église de 1707.

Une sonnerie reconstituée après incendie – On ne sait pas grand chose des cloches qui donnèrent de la voix avant 1895. Il est seulement mentionné que cet hiver-là, le clocher fut ravagé par le feu. La paroisse n’attendit pas pour faire couler une nouvelle sonnerie, puisque cette dernière fut réalisée la même année. Les sept cloches sont toutes ornées d’élégantes décorations baroques. La justesse plus qu’approximative de la ligne nominale (cloche no6 un peu trop haute, no5 beaucoup trop basse) n’enlève rien au charme de l’ensemble. L’ancien clavier, toujours présent sous la chambre des cloches, nous apprend qu’on carillonnait ici jadis, comme dans beaucoup de paroisses valaisannes. Une curiosité est à noter quant à l’équipement : la partie centrale du beffroi de fer (soutènement des cloches no1 et 2) est conçue pour glisser sur les solives pendant la volée, grâce à un dispositif semblable à un patin. On peut considérer qu’il s’agit d’une version modernisée des vieux beffrois roulants en bois qu’on peut encore observer dans de rares clochers.

– Cloche 1 « Maria Immaculata », note do3 -18/100, poids environ 2’450kg
– Cloche 2 « Maria Magdalena », note mi3 -37/100, poids environ 1’200kg
– Cloche 3, note sol3 -7/100, poids environ 730kg
– Cloche 4, note la3 -14/100, poids environ 520kg
– Cloche 5, note si3 -44/100, poids environ 350kg
– Cloche 6, note do4 +29/100, poids environ 300kg
– Cloche 7, note ré4 +19/100, poids environ 200kg
(la3 = 435 Hz)

Mes plus vifs remerciements à la paroisse catholique de Monthey pour son aimable autorisation et à Mme Maria Païano, sacristine, pour son accueil et sa disponibilité. Remerciés soient également mes vaillants camarades campanaires pour leur indispensable collaboration : Antoine, carillonneur à Saint-Maurice et à Taninges (photos et plans vidéos additionnels, ainsi que mise en volée des cloches) et John Brechbühl, membre de la GCCS (prise de son)

Sources
http://www.paroisse-monthey.ch/paroisse/eglises-et-chappelles/eglise-de-monthey.html
Archives de la maison Ruetschi

Cloches – Zurich-Albisrieden (CH-ZH) nouvelle église réformée

Cinq cloches en si bémol 2, motif pentatonique mineur ; savourez l’une des plus belles sonneries monumentales de la fonderie Ruetschi pour la ville aux quarante bourdons

Troisième et dernier volet de la découverte des sonneries du quartier zurichois (et ancienne commune indépendante) d’Albisrieden, après l’ensemble monumental de l’église catholique Saint-Konrad et les cloches historiques de l’ancienne église réformée, les dernières du genre de la cité de Zwingli.

Un projet fonctionnel – La démographie galopante de l’agglomération zurichoise aidant, nombre de nouveaux lieux de culte voient le jour dans les quartiers périphériques jusque dans les années 1970. Parmi eux, l’église réformée d’Albisrieden. Le projet se présente comme un ensemble fonctionnel comprenant – outre la salle de cultes – deux foyers et des appartements de fonction pour le pasteur et le sacristain. Entre le moment où il fut décidé de bâtir la nouvelle église et l’inauguration de cette dernière, pas moins de 7 années s’écoulent. Le projet retenu, celui de l’architecte Hans Martin von Meyenburg, est soumis à d’âpres discussions. Oui à un centre paroissial, mais est-il nécessaire de construire une nouvelle église, alors que l’ancien édifice offre déjà 300 places ? A-t-on besoin d’un clocher ? La tour proposée n’est-elle pas ridiculement petite ? C’est finalement au mois de mai 1951 que sera inaugurée la nouvelle église réformée d’Albisrieden sur une parcelle arborisée de 4’000 m2.

Une sonnerie monumentale qui résonne au loin, telle est l’une des ambitions clairement affichées par la paroisse réformée d’Albisrieden. On reconnaît bien là le gigantisme campanaire zurichois pleinement assumé qui conduisit au fil des XIXe et XXe siècles à la coulée de pas moins de 40 bourdons pour cette seule ville de 370’000 âmes. A titre comparatif, l’agglomération genevoise tout entière avec ses 900’000 habitants ne compte qu’une seule cloche en octave 2. Le clocher de notre église ne mesure peut-être que vingt mètres, ses cinq cloches en si bémol 2 au motif pentatonique mineur sont perceptibles dans tout le quartier, et même au delà. Outre la taille et le volume sonore de l’ensemble, on peut signaler son excellente facture sonore. Il s’agit sans nul doute d’une des plus belles sonneries réalisées par la fonderie Ruetschi pour la ville de Zurich. Les cloches furent coulées en 1950 et hissées dans le clocher en septembre de la même année.

Sib2 réb3 mib3 fa3 lab3

Mes plus vifs remerciements à la paroisse réformée de Zurich-Albisrieden : M. Walter Lang, président, et M. Rolf Iten, sacristain. Un tout grand merci à Stefan Mittl, expert campanologue à Zurich, pour l’organisation de cette belle étape campanaire. Amitiés enfin John Brechbühl, membre de la GCCS, et à Dominique « Valdom 68 », responsable technique des clochers de Val-de-Travers.

Sources
http://www.kirchgemeinde-albisrieden.ch/geschichte/
https://de.wikipedia.org/wiki/Neue_Kirche_Albisrieden

Cloches – Mézières (CH-FR) église Saint-Pierre-aux-Liens

Nouvel équipement pour la sonnerie de Mézières (6 cloches en ré#3 par Paccard, Treboux et fondeur gothique)

-Cloche 1, note ré#3, poids 1’287 kg, coulée en 1937 par les fils de G. Paccard à Annecy-le-Vieux
-Cloche 2, note fa#3, coulée en 1853 par Samuel Treboux à Corsier-sur-Vevey
-Cloche 3, note sol#3, coulée en 1937 par les fils de G. Paccard à Annecy-le-Vieux
-Cloche 4, note la#3, poids 520kg, coulée en 1939 par les fils de G. Paccard à Annecy-le-Vieux
-Cloche 5, note do#4, coulée en 1853 par Samuel Treboux à Corsier-sur-Vevey
[Cloche 6, cloche de l’Agonie, note fa#4, coulée en 1517 (?) gothique]

Sur la vidéo de présentation, le plénum des cinq plus grandes cloches, suivi du tintement (40 coups) et de la volée de la cloche de l’Agonie

Une église construite en des temps difficiles – Consacrée le 1er août 1939, l’église Saint-Pierre-aux-Liens de Mézières est l’une des réalisations les plus emblématique de Fernand Dumas. Quatre ans plus tôt, l’architecte romontois avait été approché pour de simples travaux d’agrandissement, du type de ceux menés à Sâles et à Léchelles. En pleine période de crise économique, on envisageait en effet mal de se lancer dans le chantier pharaonique inhérent à toute nouvelle église. Mais suite à l’octroi de généreux subsides de l’Etat, il fut décidé de remplacer l’ancienne église, pourtant reconstruite presque entièrement en 1817 (seul le choeur de style gothique tardif avait été conservé). Fernand Dumas fit une nouvelle fois appel pour la décoration au collectif Saint-Luc, ce groupe d’artistes fondé en 1919 par Alexandre Cingria, François Beaud, Marcel Feuillat et Marcel Poncet.

De la récup’ et de nouvelles cloches – L’ancienne église ayant été dotée d’une nouvelle sonnerie par Samuel Treboux en 1853, il fut décidé de récupérer ces trois cloches et de créer un motif pentatonique mineur, très en vogue à l’époque, avec l’ajout de deux nouvelles cloches Paccard façonnées en 1937. Vraisemblablement endommagée lors de son déménagement, une des cloches du XIXe siècle dut être remplacée en 1939. Elle conserve toutefois le joug en bois de son aînée. Egalement accrochée dans le massif clocher habillé de pierres de taille, une petite cloche gothique, coulée en 1517, utilisée aujourd’hui comme cloche de l’Agonie (annonce des défunts de la paroisse), et ne donnant de la voix qu’en solo au tintement et à la volée. La sonnerie, déjà présentée sur ces pages en 2010, est dotée depuis peu d’un nouvel équipement. La maison Mécatal proposa dans un premier temps de remplacer le beffroi en acier, rouillé, par une structure en bois protégée des intempéries par des abat-son. Cette suggestion fut toutefois rejetée, car portant atteinte au style ajouré du clocher voulu par l’architecte de ce monument historique

 

Mes plus vifs remerciements à la maison Mécatal, Jean-Paul Schorderet et son équipe.

Sources
Publication du Service des Biens Culturels du canton de Fribourg, placardé dans l’église.

A consulter
http://upglane.ch/?paroisse=Berlens-Mezieres&page=eglise
http://www.mezieres-fr.ch/

Cloches – Douai (F-59) le beffroi

Patrimoine mondial de l’UNESCO, le beffroi de Douai dévoile son bourdon et son carillon

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Un beffroi cher à Victor Hugo – De passage à Douai en 1837, Hugo écrivait : Il y a là le plus joli beffroi que j’aie encore vu. Figure-toi une tour gothique coiffée d’un toit d’ardoise, qui se compose d’une multitude de petites fenêtres coniques superposées ; sur chaque fenêtre une girouette, aux quatre coins, une tourelle ; sur la pointe du beffroi, un lion qui tourne avec un drapeau entre les pattes ; et de tout cet ensemble si amusant, si fou, si vivant, il sort un carillon. Dans chaque petite lucarne, on voit se démener une petite cloche qui fait rage comme une langue dans une gueule. J’ai dessiné cette tour, et quand je regarde mon dessin, il me semble encore entendre ce joyeux carillon qui s’en échappait comme la vapeur naturelle de cet amas de clochetons.

La construction de l’hôtel de ville de Douai a commencé en 1380. Interrompue plusieurs fois par des incendies, elle ne s’est achevée réellement qu’au XIXe siècle. L’édifice comprend deux salles magnifiques : l’une gothique, la salle des Gardes, sert aux réunions du Conseil municipal ; l’autre en style XVIIIe, le Salon blanc, sert de salle de mariages. Le beffroi attenant a été achevé en 1410. Il culmine à 64m de hauteur. Son couronnement, flanqué de tourelles, de pinacles et de girouettes, est l’un des plus originaux de la région. L’ensemble des beffrois du nord de la France, mais aussi de Belgique et des Pays-Bas, est classé au Patrimoine mondial de l’UNESCO

Un premier carillon fut réalisé en 1390 déjà. Le bourdon « Joyeuse » fut coulé en 1471 par un fondeur allemand établi aux Pays-Bas, Gobelinus Moer. Cette grosse cloche, d’un poids de 5’500kg, fut refaite en 1924 par Charles Wauthy. L’artisan de Douai réalisa la même année un carillon en remplacement de l’ancien instrument fondu par l’occupant allemand durant la Première Guerre. Ce carillon fut toutefois remplacé en 1953 par Paccard d’Annecy, à l’exception des deux plus grosses cloches, « Joyeuse » (la2)  et « Disnée » (do3). L’ensemble fut  complété en 1974, à l’occasion du congrès mondial des carillonneurs. Il comporte aujourd’hui 62 cloches s’étendant sur 5 octaves. En plus des concerts régulièrement donnés par le titulaire Stefano Colletti, l’instrument égrène chaque heure – de manière automatique – l’air des « Puritains d’Ecosse » de Bellini. A l’occasion des Fêtes du Gayant 2016, « Joyeuse » s’est mise en branle lors d’une visite guidée ouverte à tous. J’en ai profité pour l’immortaliser sur le vif. La vidéo permet également d’entendre la ritournelle horaire sur fond d’explications du guide.

Un tout grand merci à l’équipe de guides et de gardiens du beffroi de Douai pour leur aimable accueil et leur précieuse collaboration. Il s’agissait en effet ce fameux jour de coordonner notre passage dans la chambre des cloches avec la volée de « Joyeuse » prévue pour 11h05.

Sources :
http://www.ville-douai.fr/index.php/Carillon?idpage=14007&idmetacontenu=3805&iddossiercontenu=236
https://fr.wikipedia.org/wiki/Beffroi_de_Douai
http://www.patrimoine-histoire.fr/Patrimoine/Douai/Douai-Hotel-de-Ville-Beffroi.htm
http://www.clocherobecourt.com/Robecourt/Images/Marques/WAUTHY.pdf
http://tchorski.morkitu.org/13/dfc.pdf
http://asso.nordnet.fr/arpac/douai/ecouter.htm