Archives de l’auteur : Quasimodo

Cloches – Cergnat (CH-VD) temple et ancienne église Saint-Maurice

Trois cloches gothiques à la saveur incomparable

Le temple de Cergnat – ancienne église Saint-Maurice – se dresse sur le territoire de la commune vaudoise d’Ormont-Dessous, non loin de Leysin. Cet édifice du XIIIe siècle renferme d’intéressants éléments architecturaux de différentes époques. Dans son antique clocher à la flèche de pierre sont accrochées trois belles cloches gothiques aux caractéristiques sonores typiques de leur époque.

De l’église Saint-Maurice au temple – La commune montagnarde d’Ormont-Dessous occupe la partie aval de la vallée des Ormonts. Ellle regroupe cinq villages et hameaux, à savoir : Le Sépey, La Forclaz, Cergnat, La Comballaz-Les Voëttes et le Col des Mosses. Sa superficie de 6’402 hectares en fait la quatrième sur le plan cantonal vaudois. L’église Saint-Maurice de Cergnat est attestée depuis 1279. Malgré son vocable, elle ne semble pas avoir été sous domination de la vénérable abbaye toute proche. L’église fut – en dépit sa situation excentrée – le premier lieu de la culte de la Vallée des Ormonts. De l’édifice original du XIIIe siècle, seul le chœur nous est parvenu. La nef prit l’aspect que nous lui connaissons durant la seconde moitié du XIXe siècle. De fort belle facture, la galerie, typique des temples réformés vaudois, date de 1660 environ. La chaire, également en bois sculpté, est l’œuvre de Jean Borloz, qui travailla également dans l’église voisine de Leysin. Plus récents, les vitraux du choeur portent la griffe du peintre Jean Prahin et la date de 1975.

Une sonnerie gothique – Le clocher-porche nous rappelle, avec sa flèche de pierre octogonale, que la Vallée du Rhône n’est pas loin. Il renferme trois intéressantes cloches gothiques antérieures à la Réforme. La plus petite, non signée, porte la date de 1516. Elle est ornée de quatre beaux médaillons représentant l’Annonciation, la Vierge à l’Enfant, la Crucifixion et le Christ de Pitié. Les deux plus grandes ont été coulées par Jean Follare de Fribourg en 1472. Fils de Pierre et frère de Hensli, fondeurs de cloches mais aussi horlogers et armuriers, Jean Follare semble avoir été avant tout potier d’étain. La dynastie Follare compte parmi les premiers fondeurs de cloches attestés en ville de Fribourg après Anton Grangier. La motorisation de la sonnerie dans les années 1960 a conduit au remplacement de deux jougs de chêne par des rails métalliques.

-Cloche 1, note ré#3 +19/100, coulée en 1472 par Jean Follare de Fribourg
-Cloche 2, note fa#3 +25/100, coulée en 1472 par Jean Follare de Fribourg
-Cloche 3, note si3 +69/100, coulée en 1516

Octave inf Prime Tierce min Quinte Octave sup
ré#3 ré#2 -213/100 ré#3 +263/100 fa#3 +351/100 la#3 +216/100 ré#4 +19/100
fa#3 fa#2 -264/100 fa#3 +235/100 la3 +361/100 do#4 +122/100 fa#4 +24/100
si3 si2 -196/100 si3 +89/100 ré4 +45/100 fa#4 +100/100 si4 +69/100

L’ancienne horloge mécanique est aujourd’hui déposée à la maison de commune. Datée de 1763, elle porte – gravée sur son châssis – la signature de son artisan, un certain Abraham Dupertuis.  L’homme réalisa également une horloge pour Aigle. Revendue en 1893 à l’église anglaise de Vers-L’Eglise – devenue depuis église réformée – cette mécanique a malheureusement disparu en 1964. Tragique destinée que celle de cet horloger et armurier qui périt en 1798, en pleine révolution vaudoise, non pas sous les tirs ennemis, mais suite à l’explosion du canon de son propre fusil.

Sources :
« Ormont-Dessus, Ormont-Dessous », ouvrage de divers auteurs publié en 1994.
« Le patrimoine campanaire fribourgeois », éditions Pro Fribourg, 2012
http://www.ormont-dessus.ch/Editeur/stw~19/php/19.php

Mes plus vifs remerciements à M. Jean-Paul Schorderet, campaniste, directeur de la maison Mecatal, qui m’a très aimablement convié à l’accompagner dans le clocher à l’occasion de travaux de maintenance. Merci également au Greffe municipal pour le sympathique accueil et la mise à disposition d’une intéressante documentation.

A consulter :
http://www.ormont-dessus.ch/
http://ormontsleysin.eerv.ch/

Journées des clochers les 16 et 17 septembre

L’espace d’un week-end, Quasimodo sera votre guide dans les plus beaux clochers de la Veveyse !

Quasimodo, alias Mike de Radio Fribourg (le Big Morning de 6h à 10h), passionné de cloches, vous propose de prendre de la hauteur et découvrir les merveilles cachées de nos clochers. Venez visiter :
– 16.09 10h-13h Remaufens, son magnifique bulbe et ses cinq cloches coulées entre le XVI et le XIXe siècle.
– 16.09 14h-17h Attalens* et sa cloche du 13e siècle, l’une des plus anciennes du canton.
– 17.09 10h-13h Châtel-St-Denis, son imposant bourdon de 3 tonnes et son horloge mécanique encore en fonction.

Les orgues d’Attalens et de Châtel-St-Denis vous seront également présentées par leurs titulaires respectifs.

Visites gratuites, apéritif offert. Personnes sensibles au vertige s’abstenir ! Les enfants doivent être accompagnés d’un adulte.

*Le clocher d’Attalens étant équipé d’antennes GSM, sa visite est déconseillée aux personnes porteuses d’un stimulateur cardiaque

Cloches – Riom (F-63) basilique Saint-Amable

La plus grosse sonnerie du diocèse de Clermont n’est pas à la cathédrale !

Ancienne église abbatiale, aujourd’hui basilique, l’église Saint-Amable de Riom possède une imposante sonnerie de quatre cloches. Le bourdon, dédié au saint patron de la paroisse, a nécessité un attelage de 36 chevaux pour rejoindre le fier clocher octogonal. Ce serait l’argenterie jetée au creuset par les Riomois qui serait à l’origine de la belle voix de cette magnifique cloche, la plus lourde du diocèse.

Du XIIe au XIXe siècle – La Basilique Saint-Amable de Riom est le plus vaste édifice clérical d’Auvergne après la Cathédrale Notre-Dame-de-l’Assomption de Clermont-Ferrand. D’abord église abbatiale puis paroissiale dès le XVe siècle, Saint-Amable est devenue basilique mineure en 1912. De style roman tardif, la nef fut élevée durant le troisième quart du XIIe siècle. Sa hauteur dépasse les 16 mètres. Le chœur, gothique, date de 1230. Le déambulatoire et les trois chapelles rayonnantes le complètent. Le tremblement de terre de 1490 cause d’importants dommages aux parties les plus anciennes de l’église. La façade occidentale date de 1750, ses décorations sont de style Louis XV. Le transept et le clocher sont rebâtis au XIXe siècle dans un souci d’historicisme avec des décorations et des mosaïques polychromes qui sans doute n’existaient pas. Les nombreuses chapelles latérales nous ramènent à différentes époques. Edifiée en 1860, l’actuelle sacristie abrite de magnifiques boiseries réalisées du XVIIe siècle.

Le plus gros bourdon du diocèse – Les archives rapportent que la volée des lourdes cloches de Saint-Amable ébranlaient à tel point l’ancien clocher que le charpentier et le serrurier avaient l’ordre de se tenir prêts à intervenir ! La flèche est abattue par les révolutionnaires, un clocher de fortune accueille deux petites cloches en 1813. Le clocher octogonal actuel ne date que de 1859. Œuvre de l’architecte départemental Emile Mallay, il combine habilement les styles roman (baies du premier niveau) et gothique (fenêtres du second étage). On y accède par un petit escalier métallique entièrement extérieur à la rampe branlante, mais aux marches néanmoins solides (la preuve, votre serviteur à panse rebondie a pu y accéder). Le bourdon – Amable de son petit nom – fut coulé une première fois en 1684, puis refondu à plusieurs reprises. La version actuelle de la cloche est l’œuvre du fondeur local Pierre Baudoin, basé rue de la Petite Provence. On raconte que ce sont les pièces d’argenterie jetées par de nombreux Riomois dans le métal en fusion qui donnent à ce beau bourdon sa sonorité si particulière. Hissée par l’oculus au dessus du chœur, la plus grosse cloche du diocèse nécessita 36 chevaux pour rejoindre ses sœurs. Outre les noms de ses parrains et marraines, outre les effigies et blasons de plusieurs personnalités religieuses et politiques de l’époque (le pape Pie IX, l’empereur Napoléon III), Amable arbore fièrement une devise en latin qu’on peut traduire ainsi : Amable c’est moi-même et je sonne mes vœux à mon Riom que j’aime en rendant grâce à Dieu. Bénigne, la troisième cloche fut sauvée des Révolutionnaires en prenant le chemin de l’église Notre-Dame du Marthuret. Ses inscriptions sont limées, seul subsiste le nom de son fondeur. La version précédente de  la cloche no2 fut enterrée pour ne pas être saisie à la Révolution. Jacques, la deuxième clocher actuelle, porte la griffe de Jean-Baptiste Decharme. Riom doit à ce fondeur du Bassigny cinq autres cloches, toutes coulées en 1818 : la cloche de la tour de l’horloge (diamètre 132cm) trois cloches à Notre-Dame du Marthuret et une cloche à la chapelle de Sœurs Rédemptoristes.

-Cloche 1, « Amable », note la2 -4/100, diamètre 184cm, poids 4’080kg, coulée en 1865 par Pierre Baudoin de Riom.
-Cloche 2, « Jacques », note si2 -44/100, diamètre 163cm, poids 2’737kg, coulée en 1816 par Jean-Baptiste Decharme de Breuvannes-en-Bassigny.
-Cloche 3, « Bénigne », note do3 -31/100, diamètre 151cm, poids 2’056kg, coulée en 1783 par Jean-Baptiste Barrard, saintier lorrain.
-Cloche 4, « Marie », note sol3 -7/100, diamètre 100cm, poids environ 500kg, coulée en 1882 par Emile Vauthier à Saint-Émilion.
(la3 = 435Hz)

Quasimodo remercie chaleureusement :
Le père Jacques Vignancour et la mairie de Riom pour leur aimable autorisation.
M. Nicolas Laurans, responsable du patrimoine à la ville de Riom et M. Aimé Nivet, tapissier, pour leur chaleureux accueil et leur disponibilité.
M. Daniel Fonlupt, conservateur de la Maison des Horloges à Charroux pour la documentation
Dominique « Valdom68 » Fatton, responsable technique des clochers de Val-de-Travers, pour son aide précieuse pour le tournage vidéo

Sources :
Les nombreux panneaux d’informations installés dans la basilique. Ils sont tirés de divers ouvrages.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Basilique_Saint-Amable_de_Riom
http://www.culture.gouv.fr/
http://gw.geneanet.org/
Les cloches du Puy-de-Dôme, de Bernard Craplet et Pierre-François Aleil
Riom, de François Werner
Les thermes romantiques: bains et villégiatures en France de 1800 à 1850 de Dominique Jarrassé
Les cloches du canton de Fère-en-Tardenois, de L-B. Riomet
Enquêtes Campanaires, de Joseph Berthelé
Auvergne et Bourbonnais gothiques: Tome 1, Les débuts, de Anne Courtillé

A consulter :
https://notredamedessources.com/
https://www.ville-riom.fr/
http://www.tourisme-riomlimagne.fr/
http://clermont.catholique.fr/
http://www.archipicture.free.fr/france/auvergne/puy_dome/riom19.html

Cloches – Bulle (CH-FR) église Saint-Pierre-aux-Liens

Imposant ensemble de onze cloches en si bémol 2 disponibles à la volée et au carillon

Bulle a récemment fêté les 200 ans de la consécration de son église paroissiale. Le clocher à bulbe renferme onze cloches (neuf à la volée, deux fixes) coulées en plusieurs étapes après le terrible incendie qui ravagea le chef-lieu gruérien en 1805.

Une église qui renaît de ses cendres – Les plus anciennes références connues à l’église de Bulle remontent aux années 850, mais sa fondation est probablement antérieure (VIe siècle). Jusqu’au XIIIe siècle, le patron était Saint Eusèbe. L’édifice est reconstruit ou transformé à plusieurs reprises, notamment en 1750-1751. Il n’est pas épargné par l’incendie de 1805 : seuls quelques murs restent debout. Les travaux vont durer de nombreuses années. Les pierres de taille utilisées pour la reconstruction du clocher sont préparées pendant l’hiver 1806 dans la région, à la carrière de Grandvillard. Quinze loteries sont organisées pour compléter le financement des travaux. Des sommes considérables sont investies dans la reconstruction de l’église qui, en plus de sa vocation religieuse, devient le symbole de la résurrection et du dynamisme de la ville. Le nouvel édifice est consacré le 22 septembre 1816. L’église Saint-Pierre-aux-Liens connaît d’importantes transformations au XXe siècle. A l’occasion de travaux en 1932, le chœur est élargi, le décor néoclassique d’origine est supprimé. De nouveaux aménagements en 1973 et 2007 donnent à l’édifice son apparence actuelle. A l’intérieur du bâtiment se trouve l’orgue remarquable construit entre 1814 et 1816 par le Fribourgeois Aloys Mooser. C’est un monument historique d’intérêt national depuis 1973. On peut en outre admirer de nombreuses œuvres d’art : dans le bas-côté, une Vierge à l’Enfant du sculpteur Claude Glasson (1679). Dans la nef, une Adoration des bergers et une Vierge du Rosaire peints par Joseph Reichlen en 1879 et 1890. Dans le chœur, le mobilier liturgique moderne en bronze du sculpteur Antoine Claraz. N’oublions pas les vitraux d’Alexandre Cingria, Emilio Beretta et Bernard Schorderet, ou encore le chemin de croix en mosaïque et décor peint de la voûte d’Emilio Beretta (1931-1932).

Une sonnerie à la volée et au carillon – Commencée en septembre 1808, la construction du clocher dure deux ans. Son bulbe est recouvert de 8’850 feuilles de fer blanc. Deux canons achetés à l’État de Fribourg sont fondus pour réaliser un premier ensemble de sept cloches. La coulée, réalisée en deux étapes, est confiée à Pierre Dreffet et son neveu Marc Treboux de Vevey, qui avaient livré quelques années plus tôt deux petites cloches (toujours existantes) pour la chapelle Notre-Dame de Compassion toute proche. De cette sonnerie ne subsistent aujourd’hui que quatre pièces : les cloches nos 2 et 3, la cloche de l’Agonie dans le lanternon, et une cloche fêlée (ancienne cloche no7, aujourd’hui exposée sur le parvis, remplacée par Ruetschi en 1964). En 1905, Georges et Francisque Paccard coulent cinq nouvelles cloches, dont le somptueux bourdon en si bémol 2. Les héritiers de la fonderie d’Annecy, déplacée depuis à Sévrier, complètent le carillon en 2005 avec deux cloches fixes. C’est aujourd’hui un des derniers instruments de type « manche de brouette » en Suisse. Les cloches de volée, initialement équipées en rétro-lancé, sonnent en lancé franc depuis leur motorisation. Les heures et les quarts d’heure sont tintés par un mouvement mécanique réalisé – probablement vers 1905 – par Louis-Delphin Odobey de Morez et installé par Léon Crot de Granges-Marnand. Le mouvement précédent, fabriqué entre 1813 et 1815, était l’oeuvre plusieurs artisans de la région dont le nom figure encore sur le cabanon abritant la mécanique : Henri Ansermoud, Michel Savary et Joseph Ardieu. Quelques informations enfin au sujet des cloches présentes avant l’incendie de 1804 : huit cloches sont bénies à Bulle le 4 juin 1766 par Mgr l’Evêque. Alors que quatre d’entre elles restent à Bulle, les autres prennent le chemin de paroisses voisines. Deux partent pour Albeuve, une troisième prend la direction de Vuadens, et la quatrième (la seule qui nous soit parvenue) sonne aujourd’hui encore dans le clocher de Riaz. Cette cloche baroque portant la signature d’Antoine Livremont de Pontarlier, on peut raisonnablement penser que les huit cloches bénies ce jour-là furent confectionnées par le même artisan franc-comtois, très prisé par chez nous.

-Cloche 1, note si bémol 2, diamètre 169cm, poids 3’130kg, coulée en 1905 par Georges et Francisque Paccard d’Annecy
-Cloche 2, note do3, diamètre 151cm, poids 2’050kg, coulée en 1813 par Pierre Dreffet et Marc Treboux de Vevey
-Cloche 3, note ré3, diamètre 134 cm, poids 1’500kg, coulée en 1809 par Pierre Dreffet et Marc Treboux de Vevey
-Cloche 4, note mi bémol 3, diamètre 126cm, poids 1’267kg, coulée en 1905 par Georges et Francisque Paccard d’Annecy
-Cloche 5, note fa3, diamètre 112cm, poids 912kg, coulée en 1905 par Georges et Francisque Paccard d’Annecy
-Cloche 6, note sol3, diamètre 105cm, poids 650kg, coulée en 1905 par Georges et Francisque Paccard d’Annecy
-Cloche 7, note la3, diamètre 92cm, poids environ 400kg, coulée en 1964 par Ruetschi d’Aarau
-Cloche 8, note si bémol 3, diamètre 85cm, poids 393kg, coulée en 1905 par Georges et Francisque Paccard d’Annecy.
[Dans le lanternon : cloche 9 , cloche de l’Agonie, note si3, coulée par Pierre Dreffet et Marc Treboux de Vevey. A entendre dans le générique de début de la vidéo]
Au carillon seulement : deux cloches fixes (la bémol 3, do4) coulées par Paccard en 2005.

Je remercie
-La paroisse de Bulle : M. Jean-Bernard Repond, président ; Mme Monique Ruffieux, secrétaire : M. Jean-Luc Uldry, sacristain.
-Mes amis campanaires qui m’ont accompagné ce samedi 8 avril 2017 : Matthias Walter, expert-campanologue à Berne ; Antoine Cordoba, carillonneur à Saint-Maurice et à Taninges ; Guilhem Lavignotte, organiste-titulaire d’Yverdon-les-Bains et carillonneur à Saint-Maurice ; Dominique Fatton, responsable technique des clochers de la commune de Val-de-Travers ; Allan Picelli, sacristain à Maîche ; Philippe Simonnet, membre de la SFC et président de chorale ; John Brechbühl, membre de la GCCS ; Anthony, jeune passionné de cloches de la région et son papa Didier.
-Daniel Fonlupt, fondateur et conservateur de la Maison des Horloges à Charroux.

Sources :
« Dictionnaire historique et statistique des paroisses catholiques du canton de Fribourg » de Apollinaire Deillon, imprimerie du chroniqueur suisse, 1884.
« Le patrimoine campanaire fribourgeois », éditions Pro Fribourg, 2012
https://www.la-gruyere.ch/fr/P8245/4-eglise-saint-pierre-aux-liens-1816

Cloches – Romont (CH-FR) collégiale Notre-Dame de l’Assomption

Dotées d’un nouvel équipement, les cloches de la collégiale de Romont sont désormais dix, et non plus neuf, à donner de la voix pour les grandes fêtes.

C’est une des sonneries les plus imposantes de Suisse romande, mais aussi une des plus riches sur le plan historique, qui se cache sur les hauteurs de la colline de Romont. Alors qu’elles n’étaient jusqu’en 2016 que neuf, elles sont aujourd’hui dix cloches à résonner pour les solennités. La cloche no 10, désaffectée depuis les années 1930, a enfin retrouvé du service. Et contrairement à ce qu’on jugeait au XXe siècle, elle s’accorde parfaitement avec ses sœurs !

Une collégiale de style gothique rayonnant – C’est vers l’an 1240 que débuta la construction de la collégiale Notre-Dame de l’Assomption de Romont. Si l’incendie de 1270 ralentit les travaux, ceux-ci eurent vite fait de reprendre, de sorte que la bénédiction put se dérouler en 1296. Mais en 1434, un nouvel incendie, plus important celui-là, ravagea la cité et détruisit une bonne partie du sanctuaire. C’est finalement en 1456 que la collégiale prit plus ou moins la forme que nous lui connaissons actuellement, dans le style gothique rayonnant. Le Calvaire qui surmonte la grille du chœur montre le Christ en croix (XVe siècle) encadré par la Vierge et Saint-Jean (fin du XVIIe). Les stalles ont été sculptées en 1464.  La chapelle du Portail abrite une sculpture de la Vierge à l’Enfant de la fin du XIIIe siècle. Et comment oublier les vitraux ! Les superbes œuvres médiévales côtoient une verrière consacrée à la Vierge de la fin du XIXe siècle au chœur, les douze apôtres d’Alexandre Cingria (1938) dans les fenêtres hautes de la nef, le cycle marial de Yoki (1968) dans la chapelle du Portail, et les prophètes de Sergio de Castro (1981). Notons enfin le décor peint des voûtes imaginé par Cingria et réalisé par Yoki.

Evidemment que les cloches antérieures à l’incendie de 1434 ne nous sont pas parvenues. En 1476, les Fribourgeois emportèrent plusieurs cloches comme butin de guerre suite à la bataille de Morat. La cloche 6 échappa miraculeusement à ce pillage. Tourmentée est également l’histoire du grand bourdon, coulé une première fois en 1520 par Nicolas Balliet. Jugé de qualité trop médiocre, il fut renvoyé au four en 1577. Mais c’est une cloche déjà fêlée qui fut présentée au Conseil par Jacques Guillet et Jean Barge. C’est finalement Franz Sermund, le fondeur bernois bien connu (on lui doit le bourdon de la cathédrale de Lausanne et la cloche de midi de la cathédrale de Berne), qui coula le magnifique si bémol2. Ce bourdon en profil ultra-lourd, avec ses 5’700 kg, se trouve être la 2e plus grosse cloche du canton, après le sol2 de la cathédrale de Fribourg (7’000kg). Quatre nouvelles cloches sont arrivées de la fonderie Ruetschi en 1931. Leurs décorations sont l’œuvre de Gino Severini, grand ami de Picasso. Elles semblent remplacer plusieurs cloches gothiques, dont la cloche de midi, datée de 1507. Cette cloche avait déjà dû être refaite successivement par Jacolet de Payerne en 1836 (très vite fêlée) et François Bulliod de Carouge en 1838. On admirera les décors particulièrement soignés des cloches 8 et 9. Leur métal fut fourni gratuitement par Fribourg, à la condition expresse de voir figurer les noms de Leurs Excellences, de même que les armes du Saint-Empire et celles de la ville. La cloche 9, amputée de ses anses vraisemblablement au XIXe siècle, s’est vu offrir – à l’occasion de ces travaux de rénovation – de nouvelles « oreilles » dans l’esprit de sa contemporaine.

(>> voir l’ancien équipement de la sonnerie)

-Cloche 1, bourdon, sib2, Franz Sermund, Berne, 1579, diamètre 200cm, poids environ 5’700kg
-Cloche 2, ré3, Claude de Genève, 1510, diamètre 157cm
-Cloche 3, cloche de midi, mib3, Ruetschi, 1931
-Cloche 4, cloche du Clergé, fa3, Ruetschi, 1931
-Cloche 5, cloche de Ste Thérèse, sol3, Ruetschi, 1931
-Cloche 6, la3, Guillaume Chaufornier, 1434
-Cloche 7, cloche de St Pierre Canisius, sib3, Ruetschi, 1931
-Cloche 8, do4, 1495
-Cloche 9, fa4, 1495
-Cloche 10, lab4, début du XVIe siècle
[Dans le clocheton occidental: cloche de l’Agonie, lab4, Joseph Klely, 1736]

La grande rénovation de la sonnerie, effectuée entre l’été et l’hiver 2016 par la maison Mecatal de Broc, a consisté à :
-Rendre ses anses à la cloche 9.
-Remettre en service la cloche 10, muette depuis 1931.
-Confectionner un joug en chêne pour la cloche 2, accrochée depuis sa motorisation à un rail en acier de type « Bochud ».
-Rénover, voire refaire certains des jougs en bois vétustes et leurs ferrures dans l’esprit historique.
-Equiper toutes les cloches de nouveaux battants en acier doux à chasse courte et d’une nouvelle motorisation (sur la vidéo, le bourdon dispose encore de son ancienne motorisation, changée depuis).
-Munir les cloches 1, 3, 4, 5 et 7 de nouveaux marteaux de tintement de type « frappe lâchée »
A noter que les cloches de 1931 gardent leurs jougs en acier qui ont été restaurés. Le beffroi sur trois niveaux n’est en effet pas conçu pour les surmonter de moutons en chêne.

On peut saluer ici le savoir-faire d’une petite entreprise de la région hautement spécialisée dans l’installation, la maintenance et la mise en valeur historique du patrimoine campanaire.

Je remercie chaleureusement :
-M. Benoît Chobaz, président de la paroisse Notre-Dame de l’Assomption.
-M. l’abbé Martial Python, doyen de l’Unité Pastorale Bienheureuse Marguerite Bays
-M. Matthias Walter, expert-campanologue
-M. François Guex, collaborateur scientifique aux biens culturels de l’Etat de Fribourg
-La maison MECATAL, ses campanistes et tout spécialement son directeur, M. Jean-Paul Schorderet.
-Mes amis campanophiles Antoine Cordoba, carillonneur à Saint-Maurice et Taninges ; Allan Picelli, sacristain à Maîche ; Guilhem Lavignotte, organiste titulaire à Yverdon-les-Bains ; Philippe Simonnet, membre de la SFC ; John Brechbühl et Romeo dell’Era, membres de la GCCS ; Dominique Fatton, responsable technique des clochers de Val-de-Travers

Sources :
« La Collégiale de Romont », par Aloys Lauper, éditions Pro Fribourg 1996
« Le patrimoine campanaire fribourgeois », divers auteurs, éditions Pro Fribourg, 2012
https://www.romontregion.ch/fr/P5828/collegiale-notre-dame-de-l-assomption

A consulter :
http://www.romont.ch/
Mon article de 2013 avec l’ancien équipement

Cloches – Montbovon (CH-FR) église Saint-Grat

Une fonderie de la Marne s’invite en terres fribourgeoises

Une chapelle, puis deux églises… de chacun ces lieux de cultes successifs, Montbovon a conservé à chaque fois au moins une cloche. Présentation de cet intéressant ensemble constitué entre le XVIe et le XIXe qui résonne dans clocher de ce bel édifice néoroman.

C’est à Adolphe Fraisse (1835-1900) qu’on doit l’actuelle église Saint-Grat de Montbovon. Le brillant architecte naquit à Ferney-Voltaire, étudia à Fribourg puis fit de fréquents séjours à l’étranger avant de revenir en en terres fribourgeoises où il fut adjoint à la direction cantonale des bâtiments et conseiller communal. Sa réalisation la plus importante est bien sûr l’église de Châtel-Saint-Denis, sorte de mini-cathédrale néogothique édifiée dès 1872. A Montbovon, Fraisse opta pour le néoroman, comme il l’avait déjà fait 20 ans plus tôt pour la proche paroisse d’Albeuve. Consacrée le 24 mai 1898, l’église Saint-Grat succède à une chapelle achevée en 1515, dont il reste la cloche (petite cloche de l’Agonie), puis à une première église consacrée vers 1625. De cet édifice richement orné nous est parvenu une partie du mobilier, réparti aujourd’hui entre le Musée Gruérien, le Musée d’Art et d’Histoire de Fribourg, l’Université ainsi que des collections privées. La deuxième plus grande cloche de la sonnerie actuelle a elle aussi été coulée pour le clocher précédent. L’église Saint-Grat est remarquable par ses proportions équilibrées, son mobilier d’époque soigné et ses peintures polychromes un temps recouvertes, mais heureusement remises au jour à la toute fin du XXe siècle.

Le sonnerie de l’ancienne église semble avoir été composée de trois voix : les actuelles cloches 2 et 5, de même qu’une cloche reprise au prix du bronze par les frères Paintandre chargés en 1897 de compléter l’ensemble. Il s’agit de la seule sonnerie complète livrée pour le canton de Fribourg par la fonderie de la Marne, représentée en Suisse par le vaudois Auguste Thybaud, le fameux « accordeur de cloches ». On se rendit compte dans les années 1990 que le clocher avait subi les affres du temps. On lui refit alors une nouvelle flèche. On se rendit compte également que la maçonnerie s’était lézardée de l’ébranlement de la sonnerie. On ceintura donc la tour à l’extérieur et on installa deux rails d’acier à l’intérieur sous la chambre des cloches. Lors de la dépose des cloches, on s’aperçut que le beffroi de bois était vermoulu. La maison Ecoffey de Broc le remplaça par l’actuelle charpente en acier. La même entreprise se chargea également de modifier l’horloge mécanique (Odobey, 1897) pour remontage automatique des poids et pilotage par horloge-mère radio-pilotée.

-Cloche 1, note ré3, diamètre 139cm, poids 1’624kg, coulée en 1897 par les frères Paintandre à Vitry-le-François. Inscription : DE L’ETERNEL AU LOIN CHANTEZ LA GLOIRE,
-Cloche 2, note fa#3, diamètre 108cm, poids environ 750kg, coulée en 1795 par Pierre Dreffet de Vevey. Inscription : RECOIS SEIGNEUR LA CLOCHE QUI SERVIRA D’APPEL POUR CELEBRER TA GLOIRE
-Cloche 3, note la3, diamètre 93cm, poids 420kg, coulée en 1897 par les frères Paintandre à Vitry-le-François. Inscription : A LOUER LE SEIGNEUR QUAND MA VOIX VOUS APPELLE AVEC UN SAINT TRANSPORT, VENEZ PEUPLE FIDELE.
-Cloche 4, cloche de l’école, note ré4, diamètre 69cm, poids 203kg, coulée en 1897 par les frères Paintandre à Vitry-le-François. Inscription : AUX LECONS DES VERTUS, J’INVITE LA JEUNESSE. ENFANTS, MA VOIX EST DOUCEUR ET CHANTE L’ALLEGRESSE.
-Cloche 5, cloche de l’Agonie, note mi4, diamètre 60cm, poids environ 200kg, coulée en 1596 par Pierre Guillet de Romont. Inscription : IN CYMBALIS BENESONANTIBUS, LAUDATE DOMINUM (louez le seigneur sur les cymbales retentissantes)

Mes plus vifs remerciements à la paroisse de Montbovon et à son président, M. Pierre Robadey. Merci à mes camarades campanaires pour leur indispensable collaboration et les échanges amicaux : John Brechbühl, membre de la GCCS ; Dominique Fatton, responsable technique des clochers de Val-de-Travers : Guilhem Lavignotte, organiste titulaire à Yverdon-les-Bains ; Stefan Mittl, expert-campanologue à Zurich. Remerciements enfin à M. Jean-Paul Schorderet, campaniste, directeur de l’entreprise Mécatal.

Sources :
« 2 églises, 4 chapelles, 5 siècles » ouvrage réédité en 1998, imprimerie Perroud, Bulle
« Le patrimoine campanaire fribourgeois », éditions Pro Fribourg, 2012
http://www.hls-dhs-dss.ch/textes/f/F19448.php

A consulter
http://www.haut-intyamon.ch/la-commune/montbovon.html
http://www.la-gruyere.ch/fr/Z3283/vallee-de-l-intyamon

Cloches – Lessoc (CH-FR) église Saint-Martin

Sonnerie insolite et historique à six voix avec une cloche du XIVe siècle

La sonnerie de l’église Saint-Martin de Lessoc est composée de six cloches, toutes historiques, dont deux se manient encore à la corde. « Martenetta », la doyenne, fait partie du cercle restreint des cloches antérieures au XVe siècle.

Un parfum authenticité – Je vous emmène aujourd’hui dans la vallée de l’Intyamon, une des régions les plus pittoresques du canton de Fribourg. C’est un parfum d’authenticité qui flotte dans l’air ici : rares sont en effet les industries et les résidences secondaires à s’être implantées dans ce coin de pays. On ne s’en plaindra pas ! Si les églises voisines d’Albeuve et de Neirivue ont dû être reconstruites suite aux terribles incendies de 1876 et de 1904, si les habitants de Grandvillard ont choisi de reconstruire leur ancien sanctuaire du début du XVIIe siècle en 1936, les autres villages de la vallée ont pu (et ont voulu) préserver leurs églises et chapelles ancestrales. L’église Saint-Martin de Lessoc fut consacrée en 1635, quelques années après l’érection de la paroisse. Comme beaucoup de ses contemporains, l’édifice a subi des transformations plus ou moins heureuses au fil des ans. Le plafond de bois s’est vu recouvert de plâtre, les murs ont été crépis, les retables de bois ont été remplacés par du marbre, les vitraux originaux avec leurs carreaux minuscules ont cédé leur place à des œuvres du XIXe siècle. La restauration menée à la fin du XXe siècle a rendu à cette charmante église une bonne partie de son caractère historique.

Une cloche du XIVe siècle – Inconditionnels du diapason, je vous invite à passer votre chemin ! Nous nous trouvons ici en présence d’une sonnerie hétérogène dont la doyenne pourrait bien être une des cloches les plus anciennes du canton de Fribourg ! « Martenetta » semble en effet dater de la seconde moitié du XIVe siècle. Elle devait être jadis accrochée de le clocher d’une chapelle détruite en 1627. Cette petite cloche est actionnée aujourd’hui encore à la corde pour chasser la grêle. Datée de 1746, non signée, la cloche de l’Agonie annonce – manuellement elle aussi – les décès dans la paroisse. Les quatre plus grandes cloches sont motorisées depuis 1959. Leurs jougs de chêne ont pour l’occasion été remplacés par des montures en acier de type « Bochud », très courant dans la région. Les cloches no1 et 3 sont les seules à être signées. Elles portent toutes deux la signature « Treboux fils » (Samuel, ndlr) et la date de 1837. Les cloches no2 et 4 datent de 1640 et ne donnent aucune indication quant à leur fondeur. Désaffecté lors de la motorisation de 1959, le mécanisme du carillon a été remis à neuf en 2008 et inauguré le 15 novembre pour la fête patronale. Félicitations à M. Célestin Fragnière pour cette heureuse initiative ! Signalons encore que l’unique cadran et les tintements sont actionnés par une horloge mécanique Baer de 1959 avec remontage automatique des poids. L’heure est frappée sur la grande cloche avec rappel après 2 minutes et demie. La demi-heure se tinte sur la cloche no4.

-Cloche 1, note mi3 -13/100, diamètre 124cm, poids environ 1200kg, coulée en 1837 par Samuel Treboux de Vevey. DAIGNEZ SEIGNEUR AGREER DES FIDELES DE CETTE PAROISSE LA CLOCHE QUI SERVIRA D’APPEL POUR CELEBRER VOTRE GLOIRE.
-Cloche 2, note sol#3 -2/100, diamètre 96cm, poids environ 600kg, coulée en 1640. IHS MAR AD DIVINAS POPVLVM CONGREGO DEFVNCTOS PLORO TEMPESTATES FVGO TERROR SVM DOEMONIORUM. Traduction : Jésus, Marie. Je rassemble le peuple pour les louanges divines, je pleure les défunts, je fais fuir les tempêtes, je suis la terreur des démons.
-Cloche 3, note la3 +26/100, diamètre 89cm, poids environ 420kg, coulée en 1837 par Samuel Treboux de Vevey.  A LA GLOIRE DE DIEU ET A L’HONNEUR DE LA B.V.M ET DE ST MARTIN PATRON DE LA PAROISSE DE LESSOC.
-Cloche 4, dite « cloche de l’école », note do4 +26/100, diamètre 75cm, poids environ 260kg, coulée en 1640. IHS MRA NVMINIS AD LAVDEM SEMPER PVLSATA SONABO. Traduction : Jésus, Marie. Je sonnerai pour la louange de Dieu à chaque fois que je serai frappée.
-Cloche 5, dite « Martenetta », note si4 +25/100, diamètre 46cm, poids environ 50kg, coulée vraisemblablement durant la seconde moitié du XIVe siècle. SANCTA VIRGO MARIA R ORATE PRO NOBIS AMEN. Traduction : Sainte Vierge Marie priez pour nous Amen.
-Cloche 6, cloche de l’Agonie, note ré5 +11/100, diamètre 35cm, poids environ 25kg, coulée en 1746. CLAMANTIS PRO DEO VOX. Traduction : Voix de celui qui appelle au nom de Dieu.

Analyse musicale

Octave inf Prime Tierce min Quinte Octave sup
mi3 mi2 +1/100 mi3+16/100 sol3 -7/100 si3 +51/100 mi4 -13/100
sol#3 sol#2 -45/100 sol#3 +43/100 si3 -1/100 ré#4 -49/100 sol#4 -2/100
la3 la2 -53/100 la3 +160/100 do4 +42/100 mi4 +13/100 la4 +26/100
do4 do3 +87/100 do4 +45/100 ré#4 +66/100 sol4 +85/100 do5 +26/100
si4 si3 -184/100 si4 -88/100 ré5 -423/100 fa#4 -168/100 si5 +25/100
ré5 ré4 +97/100 ré5 -280/100 fa5 -23/100 la5 -58/100 ré6 +11/100

(diapason : la3 = 435Hz, déviation en 1/100 de 1/2 ton)

Mes plus vifs remerciements à la paroisse de Lessoc, et tout spécialement à M. Célestin Fragnière pour sa gentillesse et sa disponibilité. Merci également à mes camarades Dominique, John et Stefan pour leur aide précieuse.

Sources :
« L’église Saint-Martin de Lessoc de 1627 à nos jours », par Célestin Fragnière, juillet 2009.
« Le patrimoine campanaire fribourgeois », éditions Pro Fribourg, 2012

A consulter :
http://www.haut-intyamon.ch/accueil.html

Cloches – Ursy (CH-FR) église Saint-Maurice

Quatre cloches en do#3… pas si étroit, le clocher !

Le canton de Fribourg compte de nombreuses églises néogothiques aux dimensions imposantes. Il recense aussi un certain nombre de sonneries à l’accord insolite. Voici l’église Saint-Maurice d’Ursy, grand vaisseau de molasse dont le mince clocher héberge quatre cloches au motif particulier.

Saint-Maurice et Saint-Martin – L’église Saint-Maurice d’Ursy fut consacrée le 12 octobre 1869 par Mgr Etienne Marilley, évêque de Lausanne et Genève. Elle remplaça, comme église paroissiale, celle de Morlens, autrefois dépendante de l’Abbaye de Saint-Maurice. La nouvelle église reçut le même vocable et on y transféra les reliques du martyr thébain. On reprit le plan à peine modifié de l’église néogothique de Saint-Martin, non loin de Châtel-Saint-Denis. Plusieurs fois restaurée, en particulier en 1933 et 1979, l’église d’Ursy possède un riche mobilier religieux: le maître-autel en marbre de Carrare, œuvre de Pierre-Alexandre Christinaz, artisan marbrier de Fribourg, de même qu’un ensemble de 19 vitraux dessinés entre 1980 et 1983 par le fribourgeois Charles Cottet (1924-1987). Le vitrail de Saint-Maurice, au centre de l’abside, domine l’autel. Installé en 1999, l’orgue fut construit par la manufacture Jean-Daniel Ayer de Vauderens. C’est le premier orgue au monde à traction numérique, fonctionnant selon le système Org-Syncordia (source http://www.abbaye1500.ch/index.php/le-jubile/lieux-dedies/lieux-dedies-suisse/eglise-saint-maurice-ursy-ursy)

Do ou ré bémol – Le clocher, d’apparence plutôt étroite, est plus spacieux qu’il n’y paraît, puisqu’il parvient à contenir un ensemble de quatre cloches en do#3. Les 3 plus petites ont été coulées en 1868 par François-Joseph Bournez de Morteau, quelques années avant que le fondeur comtois n’ouvre sa succursale à Estavayer-le-Lac. La grande cloche porte la date de 1902 et la signature de Charles Arnoux. Originaire lui aussi de Morteau, Arnoux fut – rappelons-le – le contremaître de Bournez avant de reprendre à son compte l’atelier staviacois. Une entreprise florissante qui perdura jusqu’à la mort de son patron en 1925. On peut s’étonner de la note égrenée par la grande cloche. Bournez avait-il coulé une première grande cloche en 1868, endommagée par la suite ? Cette cloche ne chantait-elle pas plutôt le do ? Arnoux a-t-il été simplement chargé de (re)faire une cloche d’un certain gabarit ? Mystère !

-Cloche 1, « Maurice Marie Joseph », note réb3 -16/100, coulée en 1902 par Charles Arnoux à Estavayer-le-Lac
-Cloche 2, « Marie », note mib3 +27/100, coulée en 1868 par François-Joseph Bournez cadet de Morteau
-Cloche 3, note sol3 +15/100, coulée en 1868 par François-Joseph Bournez cadet de Morteau
-Cloche 4, note do4 -6/100, coulée en 1868 par François-Joseph Bournez cadet de Morteau

Un immense merci à M. Jean-Paul Schorderet, directeur de la maison Mécatal à Broc, de m’avoir convié à la remise en service de la sonnerie d’Ursy après d’importants travaux (nouveaux jougs, battants, paliers, motorisation). Une visite de clocher avec son campaniste est toujours source de riches enseignements pour un passionné. Merci également à la paroisse d’Ursy.

A consulter
http://www.upierroches.ch/
http://www.ursy.ch/

Cloches – Neyruz (CH-FR) église de l’Assomption

Rustique mais charmante, cette sonnerie fribourgeoise de quatre cloches !

Alors que leurs concurrents étaient capables de réaliser des cloches avec une grande justesse de ton et avec des décors finement ciselés, les derniers fondeurs fribourgeois étaient à la peine !

De la chapelle à l’église – Le premier lieu de culte à Neyruz fut une chapelle édifiée en 1432. La petite cloche gothique déposée devant de la cure en est la relique. Agrandie au début du XVIIIe siècle, cette chapelle fut remplacée par une église quand Neyruz obtint le droit de se séparer de Matran et de s’ériger en paroisse. Les travaux de terrassement de l’église débutèrent en 1845 et le chantier s’acheva trois ans plus tard. Ce n’est toutefois que le 20 septembre 1857 que le sanctuaire fut consacré. Coût des travaux : 53’000 francs de l’époque, dont 8’327 pour les cloches, nous apprend Deillon dans son Dictionnaire des paroisses du canton. Pour l’anecdote, en 1880, un ouragan souffla la flèche du clocher et causa des dégâts considérables.

Une sonnerie rustique mais charmante – La sonnerie se compose de quatre cloches. Trois sont l’oeuvre de Louis-Alexis Roelly de Fribourg en 1848, alors que la plus récente fut coulée par Ruetschi d’Aarau en 1959. Cette dernière remplace très certainement une cloche de 1848 fêlée ou brisée : Deillon mentionne en effet clairement que quatre cloches furent coulées par le fondeur fribourgeois. Les jougs en chêne ont laissé la place à des montures en acier de la maison Bochud, qui motorisa la sonnerie. A noter que la cloche la plus récente ne possède pas le même type de joug. La sonnerie n’est équipée que pour la volée, il n’y a ni mécanisme de tintement horaire, ni cadran. La présence d’un clavier de type « manche de brouette », désaffecté, nous apprend que jadis, les cloches pouvaient être carillonnées pour les fêtes. La cloche de l’ancienne chapelle, aujourd’hui déposée, est attribuée à Hensli Follare de Fribourg. Non datée, mais de belle facture, elle aurait été coulée durant la seconde moitié du XVe siècle. Les cloches de 1848, elles, présentent de nombreux défauts de coulée. Leur justesse de ton est également plus qu’approximative. Si l’aspect rustique de cette sonnerie nous apparaît aujourd’hui comme tout à fait charmant, on comprend mieux pourquoi les dernières générations de fondeurs fribourgeois eurent beaucoup de mal à lutter contre la concurrence des artisans de régions voisines.

-Cloche 1, note mi3 -50/100, coulée en 1848 par Louis-Alexis Roelly de Fribourg
-Cloche 2, note fa#3 -18/100, coulée en 1848 par Louis-Alexis Roelly de Fribourg
-Cloche 3, note la3 +6/100, coulée en 1959 par Rueschi d’Aarau
-Cloche 4, note si3 -59/100, coulée en 1848 par Louis-Alexis Roelly de Fribourg
[Cloche déposée, note si4 +11/100, coulée durant la seconde moitié du XVe siècle par Hensli Follare de Fribourg]

Mes plus vifs remerciements à la paroisse de Neyruz, et tout spécialement à M. Maurice Vionnet, responsable des bâtiments. Amitiés à mes camarades campanaires du jour : Anthony, Dominique, Guilhem, John et Stefan.

Sources :
Dictionnaire historique et statistique des paroisses catholiques du canton de Fribourg volume 9, par le Père Apollinaire Deillon, imprimerie Saint-Paul, 1896
Le patrimoine campanaire fribourgeois, éditions Pro Fribourg, 2012.

Cloches – Lutry (VD) temple

La sonnerie historique et insolite d’une pittoresque bourgade viticole vaudoise

Rarement il m’a été donné d’observer sonnerie plus insolite et plus charmante que celle de Lutry ! A commencer par la disposition peu commune des cloches (2 en façade, 2 à l’intérieur). Les deux plus petites cloches donnent la même note au coup. Très particulière est également la sonorité de la grande cloche, dont il manque un important morceau. Si on y ajoute l’âge canonique de ces nobles dames de bronze (XIVe-XVIe siècle), on peut sans hésitation affirmer que nous sommes ici en présence d’une des sonneries les plus rares et les plus précieuses de Suisse romande.

Lutry hébergea dès le XIe siècle et jusqu’à la Réforme, un des plus importants prieurés du canton. Le terrible incendie de 1344 obligea à la construction d’une nouvelle église, non plus de style roman, mais gothique. Cinq chapelles furent ajoutées à sa nef. Quelques traces de l’église romane primitives restent visibles dans l’architecture actuelle, comme la porte sous la galerie des orgues, la voûte du porche d’entrée, les étages inférieurs de la tour carrée et deux colonnes encastrées au nord de l’abside. Le chœur, propriété du cloître, avait pour patron Saint-Martin. La nef, à disposition de la paroisse, était consacrée à Saint-Clément. Suite à la Réforme, l’année 1569 vit les Bernois procéder à la démolition des anciennes chapelles et élever l’actuel clocher. Y fut placé une grosse cloche en complément des petites déjà existantes, dont deux cloches accrochées dans le Clocher des Moines. Ce dernier, situé au sud du sanctuaire, fut démoli en 1820. Les cloches furent alors montées dans le clocher actuel, où – faute de place – elles furent accrochées aux baies orientales. Les façades de l’église, entièrement décrépies au début du XXe siècle, ont bénéficié d’une restauration de 1986 à 1988. Le recrépissage et le rétablissement des décors peints (encadrements et chaînes d’angles) lui ont rendu son apparence du XVIIIe siècle. Dignes d’observation à l’intérieur : les voûtes gothiques et leurs magnifiques peintures du XVIe siècle, œuvres du peintre flamand Umbert Mareschet ; l’orgue Zimmer daté de 1791 restauré en 1975 par la manufacture Fuglister ; le stalles et la chaire. A l’extérieur, on note – au-dessus du portail – une grande fenêtre flanquée de deux petits singes de style Renaissance. Ces animaux ont probablement été taillés par le maître principal de la reconstruction de l’église, Uli II Bodmer, qui faisait partie entre 1556 et 1562 de l’importante corporation bernoise des métiers de la pierre Zum Affen (littéralement au singe). Voilà pourquoi au XVIe siècle, le singe est devenu l’animal emblème de la ville.

La grande cloche est datée de 1552. Elle est l’œuvre conjointe du fribourgeois Jakob Burdi et d’Amey Thiot d’Evian. On raconte qu’un sonneur un peu trop vigoureux l’a fait voler trop haut le soir de la St Sylvestre 1865, faisant éclater un morceau de la pince. Cela explique sa sonorité si particulière. La pièce de bronze manquante a été conservée, elle est exposée au musée local. Espérons qu’une réparation sera un jour envisagée. Guillaume Fribor-dit-Mercier, fondeur vraisemblablement originaire de la Tarentaise et établi à Genève, réalisa la cloche 2 en 1459. Les riches motifs d’inspiration allemande de cette belle cloche antérieure à la Réforme, contrastent avec la sobriété de la grande cloche, coulée sous domination bernoise. Accrochées à l’origine dans le Clocher des Moines, démoli en 1820, les cloches 3 (1ère moitié XVe) et 4 (1510) ont la particularité de donner la même note au coup. Elles se balancent côte à côte dans les baies orientales du clocher.

-Cloche 1, note do#3 -13/100, diamètre 155cm, poids environ 2’400kg, coulée en 1552 par Jakob Burdi de Fribourg et Amey Tyot d’Evian
-Cloche 2, note la3 -16/100, diamètre 112cm, poids environ 950kg, coulée en 1459 par Guillaume Fribor-dit-Mercier établi à Genève.
-Cloche 3, note do#4 -37/100, diamètre 81cm, poids environ 340kg, coulée vraisemblablement durant la 1e moitié du XVe siècle.
-Cloche 4, note do#4 -40/100, diamètre 71cm, poids environ 220kg, coulée en 1510.

Remerciements à la Municipalité de Lutry et à M. Eric Ceppi, administrateur des bâtiments. Merci surtout à M. Robert Cornuz, ancien huissier, et aujourd’hui responsable des cloches et de l’horloge du temple de Lutry, pour sa gentillesse et sa disponibilité. Un tout grand merci à Antoine, carillonneur à Saint-Maurice et à Taninges, pour son indispensable collaboration.

Sources :
Les cloches de l’église de Lutry, par Georges Kasser, extrait de la revue historique vaudoise, Vol.70 (1962)
http://www.hls-dhs-dss.ch/textes/f/F18366.php
https://www.lutry.ch/vivre-a-lutry/espaces-publics-et-infrastructures/patrimoine-historique/temple-de-lutry/
http://orgues-et-vitraux.ch/default.asp/2-0-1956-11-6-1/